De loin, l’Iran paraît monolithique. On n’en voit, de loin, qu’un Président illuminé, Mahmoud Ahmadinejad, que le voile des femmes et le turban des mollahs mais, sous cette uniformité de la théocratie, se cache un pays bouillonnant, divisé, multiple, étonnamment pluraliste. A Téhéran, le pouvoir se réveille tous les moments en criant « A bas Israël ! », voue l’Amérique aux gémonies et professe sa solidarité avec le reste du monde musulman, Palestiniens en tête. La population, elle, n’admire que l’Amérique, déteste les Arabes que l’Iran, la Perse antique, perçoit toujours comme des envahisseurs, les ennemis historiques, et les Iraniens professent autant de dédain pour les Palestiniens que d’admiration pour les Israéliens, « qui sont les seuls de la région, dit-on, avec les Turcs et nous, à ne pas être arabes ». La population est aussi libertine que le régime, rigoriste. Tout oppose, en un mot, pays légal et pays réel mais l’abîme est presque aussi grand entre les différentes factions du régime. Il y a une vie politique en Iran. Non seulement les élections y traduisent les évolutions de l’opinion, non seulement il existe une démocratie iranienne qui, si encadrée qu’elle soit, bridée par la prééminence et l’omnipotence des institutions religieuses, n’en compte pas moins mais le pouvoir religieux est, lui-même, traversé par des courants, identifiés, organisés, dont les batailles sont toujours plus ouvertes et féroces. Sous le turban, s’opposent les intégristes, les réformateurs et les conservateurs modérés. Les premiers suivent l’actuel Président, Mahmoud Ahmadinejad, et tirent leur force des Pasdarans, les Gardiens de la Révolution, puissante milice, riche de ses monopoles économiques. Les deuxièmes, les réformateurs, incarnés par l’ancien Président Khatami, voudraient ouvrir des soupapes de sécurité avant que tout ne saute et sauver le clergé de son impopularité croissante en l’éloignant de la gestion directe des affaires de l’Etat. Les troisièmes, les conservateurs modérés, regroupés derrière un autre ancien Président, Akbar Hachémi Rafsandjani, prônent une réconciliation avec les Etats-Unis et la libéralisation de l’économie mais ne veulent rien céder des prérogatives du clergé. C’est le triangle essentiel mais, depuis l’automne, réformateurs et conservateurs modérés ont décidé de faire front contre les intégristes, autrement dit, contre Mahmoud Ahmadinejad. Clé de voûte du pouvoir religieux, le Guide suprême, penche désormais de leur côté et c’est ainsi que l’Iran semble basculer, en ce moment même, dans l’inconnu. Sur quoi débouchera cette bataille ? Après quels rebondissements et à quel terme ? C’est toute la question, question fondamentale pour la région et le monde.

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