En russe, White House, la Maison-Blanche, se dit Biéli Dom et, quelle que soit la langue qu’on emploie, il faudra s’habituer à ce qu’il y en ait, désormais, deux car Vladimir Poutine a été parfaitement clair hier. En quatre heures quarante de conférence de presse, il a non seulement confirmé qu’il prendrait bien le poste de Premier ministre sitôt que son candidat à la présidence aurait été élu, le deux mars prochain, mais fait comprendre aussi que la réalité du pouvoir passerait alors des bureaux du Président – le Kremlin – à ceux du chef du gouvernement qu'on appelle à Moscou Biéli Dom, la Maison-Blanche, en raison de la blancheur de leur façade. « Le Président est la garant de la Constitution (mais) le pouvoir exécutif suprême, c’est le chef du gouvernement », a déclaré Vladimir Poutine en expliquant benoîtement que si « le dernier mot revient au chef de l’Etat », il aurait, « bien sûr", en tant que Premier Minstre, "le droit de donner (son) avis ». Personne n’en doutera. A défaut de la violer en briguant le troisième mandat consécutif qu’elle lui interdisait, Vladimir Poutine vient de tranquillement réécrire la Constitution russe qui est absolument présidentielle, nullement primo-ministérielle, et qu’il avait, qui plus est, fait évoluer en en accentuant encore le présidentialisme. Avant même d’avoir été élu Président, Dmitri Medvedev, 42 ans, juriste et bras droit de Vladimir Poutine, tout sauf un âne, d’ailleurs, une carrure, même, est devenu la reine d’Angleterre. A lui les ors du Kremlin, mais à l’austérité de la Maison-Blanche, celle de Moscou, les vraies décisions. « Mes relations avec lui seront très harmonieuses », a assuré le futur Premier ministre sur un ton on ne peut plus présidentiel et, pour ne pas laisser l’ombre d’une ambiguïté, Vladimir Poutine a rappelé qu’il avait présenté, la semaine dernière, un plan pour la Russie jusqu’en 2020. Or cette date ne doit certainement rien au hasard car, dans quatre ans, en 2012, Vladimir Poutine aura le droit de briguer, à nouveau, deux mandants consécutifs ce qui nous mettra en… 2020, date à laquelle rien ne l’empêcherait de redevenir Premier ministre et, quatre ans plus tard, Président. « Je n’ai jamais ressenti de dépendance au pouvoir. Je n’ai jamais été tenté par un troisième mandat », a-t-il répondu alors qu’on l’interrogeait sur l’amorce d’un tel scénario mais, dans le plus parfait respect de la Constitution, c’est la possibilité d’une présidence à vie qui est en train de s’ouvrir. Va-t-on vers cela ? Ce n’est évidemment pas certain. Tout passe et tout lasse. Dmitri Medvedev pourrait prendre goût aux ors et prendre des risques mais, pour l’heure, fort des caisses que remplissent les revenus du gaz et du pétrole, de la stabilité intérieure et du retour de la Russie sur la scène internationale, Vladimir Poutine est indiscutablement populaire. Aucun Russe n’est dupe de son jeu mais on lui est reconnaissant de vaguement respecter les formes et les sondages donnent 80% des voix à l’homme qui lui tiendra les ors au chaud.

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