Faire tirer dans une foule, cela ne passe pas inaperçu. Les morgues se remplissent. Les hôpitaux sont débordés. Des familles éplorées courent partout à la recherche d’enfants ou de parents disparus. Les témoignages s’accumulent et, à travers eux, terreur ou pas, on déduit vite que foule, il y avait. Le pouvoir iranien a, donc, inventé mieux. Confronté, la semaine dernière, à une redoutable alternative, le danger de voir l’opposition se mêler, pour s’y faire entendre, aux manifestations du trente-et-unième anniversaire de la Révolution islamique et l’impossibilité d’annuler ces cérémonies sans consentir à un aveu de faiblesse, ce pouvoir a inventé la manifestation sans témoins, version islamiste des villages Potemkine. Au pied de la tribune officielle, il a massé, jeudi, dans un périmètre réservé, de gros contingents de gens sûrs, amenés en autocars de campagnes et de petites villes où son contrôle est plus efficace qu’à Téhéran. Les télévisions officielles ont braqué leurs caméras dans cette direction et il n’y a pas eu, ou presque, d’autres images que celles-là puisque les journalistes étrangers avaient interdiction de circuler librement dans Téhéran. Au soir de cet anniversaire, le pouvoir iranien a pu se dire, ainsi, plébiscité puisqu’il n’y avait pas eu de témoins des cortèges de l’opposition, bloqués dans les artères adjacentes et systématiquement disloqués par les charges de police. L’opposition iranienne n’a pas disparu. On le sait maintenant, elle était dans les rues, aussi nombreuse qu’au cours des manifestations précédentes, mais on ne l’a pas vue et, un événement chassant l’autre, la première impression restera, en Iran comme à l’étranger. Le pouvoir iranien vient de marquer un point, le premier depuis que la falsification des résultats de la présidentielle de juin avait fait naître cette contestation du régime islamique. C’est un point important puisqu’il a su faire montre, là, d’habileté et de sang froid et que l’opposition vient de toucher, elle, aux limites des manifestations. Il va maintenant lui falloir inventer d’autres moyens d’affirmer son existence. Ce ne sera pas évident dans un pays où l’opposition est sans droits tandis que le pouvoir contrôle la force et les media. L’opposition devra savoir formuler un programme politique à long terme alors qu’elle est très diverse. Elle devra pouvoir le populariser alors qu’elle n’a pas d’accès à la presse. Après huit mois de vraies difficultés, ce régime va pouvoir reprendre son souffle mais il n’a pas moins d’handicaps que l’opposition. Il est profondément divisé, entre conservateurs réalistes et partisans de Mahmoud Ahmadinejad, d’une ligne dure à l’extérieur comme à l’intérieur. La situation économique ne cesse d’empirer et demande des mesures de rigueur qu’il sera risqué de prendre. Sur la scène internationale, enfin, le refus de saisir la « main tendue » de Barack Obama et de rechercher un compromis sur le nucléaire a rendu probable l’adoption de nouvelles sanctions économiques auxquelles la Russie est désormais favorable et la Chine devient moins hostile. Ce régime demeure fragile, très fragile.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.