C’est une voix devenue gênante. L’Echo de Moscou, Ekho Maskvi en russe, est une singularité au pays de Vladimir Poutine, une radio dont les journalistes travaillent comme s’ils vivaient dans un pays libre, enquêtent et rendent compte de l’actualité sans s’autocensurer, donnent la parole à l’opposition et ouvrent leur antenne à des chroniqueurs qui n’ont peur de rien.

Désormais menacée d’une reprise en mains, c’est une radio qui était née sous Gorbatchev, dans les derniers temps de la Perestroïka, une radio libre fondée par des pionniers et qui avait pris son essor dans les années Eltsine, à l’époque où le pouvoir russe avait deux visages, la liberté de la presse d’un côté et, de l’autre, le pillage de toute la richesse nationale qu’il se partageait sous couvert de privatisations.

A l’époque, dans les années 90, l’Echo de Moscou appartenait au groupe de presse fondé par Vladimir Goussinski, un milliardaire aujourd’hui déchu qui croyait à la démocratie et possédait également une chaîne de télévision, NTV, qui fut un peu le Canal + de la Russie. Vint Poutine. Vladimir Goussinski fut vite dépossédé de tout. L’Echo de Moscou est passé sous le contrôle de Gazprom, le géant du gaz, une entreprise nationale de taille internationale qui est le bras financier et, souvent, politique du Kremlin mais la liberté de cette radio avait pourtant survécu au changement de propriétaire.

Tandis que les télévisions redevenaient, publicité en plus, aussi grises et asservies qu’elles l’avaient été aux temps soviétiques, l’Echo de Moscou avait pu rester elle-même car, grâce à elle, le nouveau maître de la Russie pouvait dire que non, pas du tout, regardez, écoutez, il n’avait pas enterré la liberté de la presse. Les télévisons manipulaient l’opinion. A côté d’elles, l’Echo de Moscou ne faisait pas le poids. Vladimir Poutine pouvait vivre avec tant il se sentait sûr de son pouvoir mais il n’en allait plus de même depuis décembre, depuis que sa popularité s’est effondrée, que la Russie s’est éveillée et que les Russes manifestent.

A deux semaines de la présidentielle du 4 mars, Gazprom a donc remanié, hier, le conseil d’administration de la radio et nommé de nouveaux directeurs, « administratifs », dit-on. Cela ne trompe personne. L’Echo de Moscou doit rentrer dans le rang et c’est Vladimir Poutine lui-même qui en avait donné le signal, il y a un mois, en s’en prenant publiquement à son rédacteur en chef et cofondateur, Alexeï Venediktov, qu’il avait accusé – pardon, c’est une citation – de « le couvrir de merde ».

Pour l’instant, Venediktov reste en place, en liberté surveillée, mais ce coup de force donne la mesure de la panique qui règne au Kremlin. Vladimir Poutine garde tous les moyens de se réélire. Il a pour lui des gouverneurs et une administration aux ordres. Il a fait invalider la candidature de Gregory Iavlinski, l’économiste social-démocrate qui aurait pu réunir trop de voix, mais il lui faut éviter l’humiliation d’un second tour sans avoir à trop outrageusement bourrer les urnes et, dans cette situation-là, non, cet écho de liberté était de trop.

lien image dossier automne russe
lien image dossier automne russe © Radio France
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.