Comme toujours, comme partout, les cartes disent l'essentiel. Sur la carte politique de l'Afrique, on ne compte pas moins de 52 Etats alors qu'on n'en dénombre que 33 sur celle de l'Asie, pourtant trois fois plus peuplée. Il y a de vastes pays en Afrique mais un très grand nombre y sont petits, trop faibles et pas assez étendus pour que leur développement soit aisé et qu'ils puissent faire face, lorsqu'ils les intéressent, aux grandes puissances et grandes compagnies en quête de matières premières. C'est l'une des causes majeures du retard pris par cette Afrique subsaharienne que l'on appelait autrefois noire par opposition à l'Afrique blanche, celle du Nord, peuplée de Berbères et d'Arabes, mais d'autres cartes, plus fouillées, disent l'autre grand mal, autrement plus pernicieux encore, de ce continent dont la croissance économique, pourtant, devient réalité et n'échappe plus aux investisseurs. Il n'y a pratiquement pas d'Etat africain dont la population soit homogène ou même seulement unie. Dans presque chacun d'eux cohabitent plusieurs peuples dont l'histoire est aussi différente que la culture, les langues et, souvent, la religion et il n'y a pas là de hasard. Cela ne s'est pas fait ainsi mais parce que la colonisation a effacé les anciennes frontières politiques de ce continent, puis volontairement mêlé des peuples très divers dans les divisions administratives des empires européens avant que ces frontières coloniales et totalement artificielles ne deviennent, à l'heure des indépendances, celles des Etats africains. Non seulement les pays africains sont multinationaux mais l'héritage colonial a dispersé les peuples de ce continent entre ses Etats d'aujourd'hui, faisant passer des frontières au beau milieu de ce qui avait été leurs territoires ou leurs empires car il y en avait eu de grands empires, riches, rayonnants et puissants, en Afrique. Pire encore, dans plus d'un pays, la carte politique de l'Afrique fait coexister sous de mêmes drapeaux des peuples qui avaient autrefois été, jusqu'au 19ième , des pourvoyeurs d'esclaves pour les négriers arabes et européens et ceux dont ils avaient été la proie, une matière première aussi recherchée que l'or ou les diamants.Imaginez un Caucase ou des Balkans de taille continentale et c'est l'Afrique subsaharienne dont chacune des guerres ou presque fait ressurgir la question des peuples et des frontières comme en Côte d'Ivoire hier, au Rwanda avant-hier ou, en ce moment même, au Mali. Les frontières africaines finiront-elles pas céder, comme au Soudan, ou se consolideront-elles dans le fait accompli et la peur d'un chaos continental ? On ne le sait pas encore. Ce n'est pas joué. L'histoire le dira mais la certitude est que la jeunesse de ce continent, sa démographie, ses ressources naturelles, les infrastructures dont il doit se doter et la croissance qu'il connaît pourraient bien vite en faire l'Asie des dernières décennies du siècle passé, une locomotive de l'économie mondiale. Entre l'Europe et l'Afrique, il y a un partenariat à bâtir, tout aussi profitable pour chacune des deux rives de la Méditerranée.

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