Parce qu’elle commence à échapper à tout contrôle, la crise syrienne devient vraiment inquiétante. Il y a maintenant un vrai danger d’engrenage et la première raison en est l’éternelle question kurde car l’un des quatre pays où les frontières issues de la Première guerre mondiale avaient dispersé ce peuple sans terre est la Syrie.

Tout comme leurs cousins irakiens avaient profité des guerres d’Irak pour prendre une indépendance de fait, les Kurdes syriens voient donc dans les bombardements russes contre l’insurrection le moment de s’assurer le contrôle de la frontière nord du pays, celle qui longe la Turquie. C’est leur région et ils y sont passés à l’offensive contre l’insurrection, non pas du tout parce qu’ils seraient solidaires du régime mais parce que ce sont les insurgés qui tenaient les points de passage vers l’Anatolie turque. Le régime laisse faire les milices kurdes car c’est une aubaine pour lui. Les Russes ne les contrarient pas plus puisqu’en s’attaquant à l’insurrection sur ce front décisif, elles dispensent Bachar al-Assad de le faire.

Les Kurdes ne sont plus loin de s’adjuger le nord de la Syrie mais la Turquie les bombarde systématiquement depuis samedi car il n’est pas question pour elle de laisser un Kurdistan syrien prendre son indépendance à la jonction même des terres où vivent ses propres Kurdes avec lesquels la tension ne cesse de monter depuis six mois.

Juridiquement parlant, ces bombardements constituent une agression contre la Syrie dont le régime a en conséquence saisi le Conseil de sécurité en dénonçant aussi une pénétration de troupes turques qui seraient venues à la rescousse de l’insurrection. L’accusation reste à prouver mais elle n’a rien d’invraisemblable car parallèlement, seconde raison du danger d’engrenage, tout laisse penser que les pays sunnites, Arabie saoudite et Turquie en tête, se mobilisent pour sauver la mise aux insurgés.

Des avions saoudiens viennent d’être déployés sur une base turque. Les Emirats et l’Arabie saoudite parlent d’envoyer des troupes en Syrie, officiellement pour y combattre Daesh mais certainement pas que pour cela. Vingt pays sunnites, enfin, participent depuis hier à de soudaines manœuvres en Arabie saoudite dont les dirigeants proclament que ni l’Iran ni la Russie n’arriveront à sauver Bachar al-Assad. Comme on pouvait le craindre depuis les bombardements russes sur Alep, le conflit syrien devient un conflit régional dans lequel une puissance internationale, la Russie, est en première ligne.

Quoi qu’en ait dit Dmitry Medvedev, le Premier ministre russe, la troisième guerre mondiale ne menace pas. Barack Obama et Vladimir Poutine se sont parlés hier, mais le fait est que Turcs et Saoudiens n’en font plus qu’à leur tête et n’obéissent plus à leur allié américain auquel ils reprochent de ne rien faire pour calmer les Russes. La situation devient incontrôlée et c’est là qu’est le danger d’engrenage.

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