Selon Bernard Guetta, il y a deux manières de voir les choses. Si l'une est réconfortante... l'autre est franchement inquiétante. Voire effrayante.

Michael Flynn, conseiller de Donald Trump en sécurité intérieure démissionne, accusé d'avoir eu des contacts illégaux avec la Russie
Michael Flynn, conseiller de Donald Trump en sécurité intérieure démissionne, accusé d'avoir eu des contacts illégaux avec la Russie © Reuters / Carlos Barria

Il y a deux manières de voir les choses. Réconfortante, la première est que les contre-pouvoirs fonctionnent bien aux Etats-Unis puisque, relayés par les deux plus grands titres de la presse américaine, le Washington Post et le New York Times, les services de renseignement ont pu conduire à la démission le plus proche collaborateur de Donald Trump qui s’était arrogé le droit de contrer la politique étrangère de son pays alors que son patron n’était que président élu et que Barack Obama était toujours en fonctions.

C’est d’autant plus rassurant que, parallèlement, une Justice indépendante a pu suspendre l’application du décret présidentiel par lequel Donald Trump entendait interdire l’accès des Etats-Unis à des gens munis de visas ou de permis de séjour en règle au seul motif qu’ils sont ressortissants de pays essentiellement musulmans.

Les Etats-Unis ne sont ni la Chine, ni la Russie, ni la Turquie. Les Etats-Unis demeurent un Etat de droit dans lequel un président ne peut pas faire n’importe quoi au seul motif qu’il est l’élu d’une majorité et incontestablement, légitimement, aux commandes.

C’est le bon côté des choses mais l'autre est franchement inquiétant.

L’histoire de l’espionnage est pleine d’agents infiltrés jusqu’aux plus hauts niveaux d’un Etat par une puissance étrangère, voire hostile. Durant la Guerre froide, cela s’était produit en Allemagne et en Grande-Bretagne mais qu’un militaire, un général qui n'est pas un agent infiltré, l’ancien patron du renseignement militaire qu’est Michael Flynn, ait pu prendre sur lui de contacter l’ambassadeur de Russie à Washington pour lui dire que seraient levées sous Donald Trump les sanctions prises contre son pays à la suite des interférences russes dans la présidentielle américaine, cela, c’est sans précédent.

C’est simplement ahurissant, pour deux raisons.

Cela relève de l’intelligence avec une puissance étrangère, non pas commise par un subalterne mais par l’homme qui était le principal conseiller de Donald Trump et qui allait devenir, à la Maison-Blanche, son conseiller pour la sécurité nationale, poste qui fut celui de Henry Kissinger et à partir duquel on supervise la diplomatie, la Défense et les services de renseignements des Etats-Unis.
Cela frise la haute trahison.

Peut-être est-ce cela mais le pire n’est pourtant pas là. Le plus inquiétant dans cette affaire est que Michael Flynn ait pu imaginer que cela ne se saurait pas alors que tout lecteur de romans d’espionnage sait que l’ambassade russe à Washington, comme l’ambassade américaine à Moscou, est truffée de micros et que l’ambassadeur peut difficilement avoir une conversation téléphonique qui ne soit pas écoutée et enregistrée. Or Michael Flynn téléphone à l’ambassadeur russe pour lui dire de ne pas prendre au sérieux une décision prise par le président en fonction.

Deux hypothèses donc : ou bien le bras droit que s’était choisi Donald Trump est un arriéré mental, ou bien il se sentait couvert par le futur président, homme dont on a pu dire qu’il serait tenu par les services russes. Le Congrès veut tirer l'affaire au clair et, de ces deux hypothèses, on ne sait pas quelle est la plus effrayante.

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