Submergé par les scandales et sous la pression de l'ANC, son propre parti, Jacob Zuma a renoncé hier à son mandat présidentiel

Jacob Zuma a annoncé sa démission, l'occasion pour l'Afrique du Sud de ressusciter ?
Jacob Zuma a annoncé sa démission, l'occasion pour l'Afrique du Sud de ressusciter ? © AFP / NIC BOTHMA

Elle n’est pas que la deuxième économie d’Afrique, derrière le Nigeria pétrolifère. Plus d’un quart de siècle après la fin de l’apartheid et malgré de graves reculs, l’Afrique du Sud demeure un modèle de transition pacifique vers la démocratie, d’Etat de droit et de  coexistence entre communautés. Elle a valeur d’exemple pour tout le continent et c’est pour cela qu’il est tellement important que le Congrès national africain, l’ANC, le parti de Nelson Mandela, ait finalement contraint l’actuel président, Jacob Zuma, à annoncer sa démission hier soir en lui disant, dès lundi, qu’il était temps de se retirer s’il ne voulait pas être destitué par le Parlement. 

Avant même son entrée en fonction, il y a neuf ans, Jacob Zuma avait été accusé de corruption dans une affaire d’achat d’armements et avait semé la consternation en expliquant publiquement, dans ce pays ravagé par le sida, que l’on pouvait éviter la contamination en se douchant après un rapport non protégé. 

Le plus célèbre caricaturiste du pays, Zapiro, ne le représente plus, depuis, qu’avec un pommeau de douche sur la tête mais il a également fait refaire sa résidence privée aux frais du contribuable et beaucoup favorisé la fortune de trois hommes d’affaires d’origine indienne avec lesquels il était en étroites relations. 

C’est sous sa présidence que la corruption a si bien gangréné le pays que les investisseurs étrangers s’en détournent et que le taux de chômage y dépasse les 27%. Cet homme était devenu une telle gêne que l’ANC, craignant de perdre les élections de l’année prochaine, avait commencé à le pousser dehors en portant à sa tête, en décembre dernier, le vice-président Cyril Ramaphosa.

Proche compagnon de Nelson Mandela, Cyril Ramaphosa avait fait campagne sur la dénonciation de la corruption et les deux mois qui s’étaient ensuivis n’avaient été qu’une longue tractation entre le nouveau patron de l’ANC et un chef de l’Etat qui ne voulait rien entendre. 

Le premier faisait comprendre au second qu’il pourrait, comme Robert Mugabe au Zimbabwe, assurer son impunité en se retirant sans traîner. Le second alternait refus et semblants d’acquiescement. L’ANC voulait éviter un déballage qui n’aurait pas compromis que Jacob Zuma. Le président, lui, se servait de cette crainte pour tenter de durer mais il n’avait en fait plus qu’à se soumettre ou à être démis.

Non seulement son départ ouvre la voie à un redressement de l’Afrique du Sud mais il pourrait aussi peser lourd sur le Zimbabwe où l’armée n’a renversé Robert Mugabe que pour mieux conserver le pouvoir et sur le Congo où la population et l’épiscopat catholique tentent d’obtenir le retrait de Joseph Kabila qui s’accroche à sa présidence. Ce qui est en jeu, c’est l’exemplarité sud-africaine. 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.