Emmanuel Macron s’entretient lundi et mardi en visioconférence avec les chefs d’État du G5-Sahel, les cinq pays de la région, pour donner un nouveau souffle politique à une guerre qui dure depuis huit ans et se heurte au scepticisme croissant de l’opinion française.

Patrouille franco-malienne de l’opération Barkhane dans la zone dite des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso), en janvier 2021.
Patrouille franco-malienne de l’opération Barkhane dans la zone dite des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso), en janvier 2021. © AFP / Frédéric Pétry / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Deux jours de sommet, virtuel finalement puisque Emmanuel Macron a renoncé à aller à N’Djaména pour cause de pandémie, avec une question : comment casser cette impression diffuse dans l’opinion française selon laquelle la France serait enlisée au Sahel ; qu’elle mènerait une guerre ingagnable coûteuse en vies humaines et en budget ?

La difficulté est évidemment que comme toutes les guerres de ce type, la réponse est moins militaire que politique ; ou du moins, les succès militaires annoncés ne changent pas réellement la donne si la réalité politique, économique et sociale n’évolue pas.

Résumé par Jean-Yves Le Drian la semaine dernière à l’Assemblée nationale, le sommet de Pau il y a un an, entre la France et le G5 Sahel, les cinq pays concernés (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), avait décidé d’une pression militaire accrue sur les groupes djihadistes, ce qui s’est effectivement produit ; celui de N’Djaména doit faire la même chose dans les domaines politique et du développement.

Plus facile à dire qu’à réaliser - et à réaliser rapidement pour avoir un impact sur une guerre qui dure depuis déjà huit ans dans sa phase actuelle. C’est tout l’enjeu de N’Djaména.

La question est celle des États et des systèmes politiques et administratifs hérités de l’ère coloniale. Ils ont été le maillon faible de la résistance aux djihadistes, dès lors que les avancées militaires ne sont pas suivies d’un retour de l’État. Si les écoles, dispensaires, et projets de développement ne reprennent pas, si la gouvernance n’est pas rétablie, si les forces gouvernementales sont aussi craintes que les djihadistes, la partie est perdue d’avance.

A Paris, on veut croire que les choses vont dans la bonne direction, et que ce sommet prendra des engagements dans ce sens. Les dirigeants africains sont à l’écoute des débats en France, et redoutent une situation où, sous pression de l’opinion, Paris n’aura d’autre choix que de retirer ses troupes d’une guerre impopulaire. 

Emmanuel Macron espère des résultats d’ici un an, c’est court quand on parle de sujets de gouvernance jamais résolus. Mais le calendrier politique français entre aussi en ligne de compte.

Tout sera fait pour que le sommet envoie aux opinions publiques, en Afrique, en France et en Europe, le sentiment que cette guerre a du sens, qu’elle est gagnable, et que tous les acteurs concernés sont mobilisés. 

Il pourrait aussi y avoir une légère diminution des effectifs français qui s'élèvent aujourd'hui à 5100 hommes : ils avaient augmenté de 600 hommes après le sommet de Pau, leur retrait enverrait un message rassurant aux Français sans changer la donne militaire.

D’autant que des renforts sont attendus, du Tchad, mais aussi de plusieurs pays européens au sein de Takuba, une nouvelle structure composée de soldats des forces spéciales. L’Estonie, la Suède et la République tchèque ont déjà des hommes sur place, d’autres suivront, comme le Danemark ou la Grèce. Enfin, les États-Unis qui menaçaient de retirer leur soutien militaire, surtout logistique et renseignement, sous Donald Trump, ont réaffirmé leur engagement depuis l'entrée de Joe Biden à la Maison Blanche.

Tout est fait pour que le sommet de N’Djaména apparaisse comme un succès ; mais on verra très vite, dès les prochains mois sur le terrain, si c’est réellement le cas.

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