C’est un moment capital. Hier, la France et l’Allemagne ne sont en effet pas seulement convenues de défendre ensemble un projet de nouvelles institutions européennes, des idées qui ont, dès lors, de bonnes chances d’être adoptées cette année et d’entrer en vigueur en 2004. C’est déjà beaucoup mais au cours de leur dîner de l’Elysée, Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont aussi réussi une synthèse entre les deux conceptions de l’Union, l’Europe fédérale et l’Europe des nations. Dans une Europe fédérale, celle dont rêve l’Allemagne, la décision reviendrait à un gouvernement européen procédant du Parlement européen et donc responsable devant l’électorat européen. Les institutions communes y primeraient les institutions nationales alors que dans l’Europe des nations, celle qui a les faveurs de la France, la décision resterait aux Etats actuels dont les gouvernements auraient à négocier des consensus pour arriver à des décisions communes. L’une ambitieuse, l’autre prudente, ces deux visions sont fondamentalement opposées et Français et Allemands avaient donc, à l’origine, des propositions de réformes institutionnelles radicalement différentes. Jacques Chirac voulait renforcer le Conseil européen, l’instance où siègent les chefs d’Etat et de gouvernement, en le dotant d’un Président qui aurait ainsi incarné, exprimé, les consensus entre Etats. L’Allemagne, à l’inverse, souhaitait renforcer les pouvoirs du Parlement européen, de l’Assemblée élue par l’ensemble des Européens, au-delà des frontières nationales, en lui donnant le pouvoir de désigner le Président de la Commission, de l’instance qui propose les politiques communes et veille à leur application. Allemands et Français étaient partis pour une collision frontale mais, volonté politique aidant, poussés par le désir de reprendre ensemble le gouvernail de l’Europe, de ne pas l’abandonner à d’autres, ils ont choisi de laisser le temps décider, de laisser leurs chances aux deux visions en présence. Les Allemands ont accepté l’élection d’un Président du Conseil européen par les chefs d’Etat et de gouvernement. Les Français ont, de leur côté accepté, que le Parlement élise le Président de la Commission. Dans l’immédiat, pour les années à venir, c’est le pouvoir des Etats qui en sera renforcé mais à terme, on ne sait pas. Le Parlement va prendre de l’importance. Les élections européennes auront un enjeu, l’élection du Président de la Commission. Ces élections vont donc mobiliser les Européens et leurs partis qui pour les remporter devront s’organiser en forces européennes, droite, gauche, Verts etc. Bref, un pouvoir fédéral va progressivement émerger et le pouvoir européen de demain naîtra de la concurrence, et de l’équilibre, entre ces deux légitimités, celle des Etats-nations et celle du Parlement européen. Cela laisse du temps au temps. C’est intelligent, sage et, l’on voit s’esquisser la logique devant prévaloir dans une Union d’Etats existants - la représentation des Etats et celle du peuple, des nations et des courants politiques de l’Union. Aux nations, le président du Conseil : un chef d’Etat ; aux courants politiques, le Président de la commission : un Premier ministre.

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