Un mois. Il n’aura fallu qu’un mois pour que la Pologne d’un côté, la France et l’Allemagne de l’autre se convainquent qu’elles ne pouvaient pas rester sur l’échec de Bruxelles et devaient, au contraire, non seulement trouver les compromis nécessaires à l’adoption du projet de Constitution européenne mais aussi briser l’animosité qui ne cessait plus de monter entre elles. La France et l’Allemagne en voulaient à la Pologne d’avoir soutenu les Etats-Unis dans l’affaire irakienne. La Pologne avait le sentiment que la France et l’Allemagne ne voulaient pas reconnaître son poids dans l’Europe. La France ne pardonnait pas à la Pologne de lui avoir préféré les Etats-Unis pour équiper son armée de l’air. La Pologne s’offusquait de ce que les familles des Allemands expulsés, à la fin de la guerre, de ses régions occidentales veuillent ouvrir des bureaux à Varsovie. Le climat était, en un mot, bien peu propice au fonctionnement de l’Europe élargie et les Polonais ont donc décidé, c’est leur honneur, de faire les premiers pas. Avant même que les trois ministres des Affaires étrangères ne se retrouvent, demain, en Allemagne, le chef de la diplomatie polonaise, Wlodzimierz Cimoszewicz, est venu, la semaine dernière, à Paris avant de se rendre, hier, à Berlin pour dire qu’il souhaitait assainir le climat et parvenir à un accord sur la Constitution, si possible avant les élections européennes de juin. Deux raisons l’y poussaient. La première est que la Pologne a réalisé que la répartition des aides européennes ne se décidait pas sans Paris et Berlin. Ce n’est pas Washington mais Bruxelles qui permettra à la Pologne de se mettre au niveau de l’Union. Cette réalité lui commande donc de s’entendre avec la « Vieille Europe » mais il y a plus. Depuis l’échec de Bruxelles, la Pologne a compris que, faute d’un déblocage de l’Union par une relance des relations avec la France et l’Allemagne, ses nationalistes avaient toutes chances de remporter les élections européennes de juin prochain puis les scrutins nationaux de 2005. Si cela se produisait, ce n’est pas seulement que l’extrême-droite prendrait la relève de la gauche ex-communiste à Varsovie. C’est aussi que, passant aux mains d’une opposition souverainiste, la Pologne aurait toutes chances de rater son envol. Il lui fallait débloquer la situation et elle a, pour cela, annoncé à Dominique de Villepin qu’elle était maintenant disposée à s’intégrer au projet d’Europe de la Défense mis au point par Paris, Londres et Berlin. Varsovie a ainsi accepté l’idée d’affirmation politique de l’Europe. La France et l’Allemagne ont fait comprendre, de leur côté, que ce n’était pas sur le dos de la Pologne qu’elles voulaient plafonner le budget de l’Europe mais plutôt sur celui de l’Espagne qui n’a plus, aujourd’hui, besoin d’aides et qui avait été l’alliée des Polonais dans le rejet du projet de Constitution. Bien du chemin reste à faire mais il y a désormais, une volonté d’aboutir. Le réalisme reprend ses droits car, énervements ou pas, Paris et Berlin ne peuvent pas plus se permettre que Varsovie de laisser l’Europe dans l’ornière.

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