Du temps où l’Union soviétique était leur grand adversaire, les Etats-Unis n’avaient jamais admis qu’elle mette un doigt de pied en Amérique latine. Le monde avait frôlé la guerre lorsque l’URSS avait tenté d’installer des armes nucléaires à Cuba. Réel ou pas, c’est le danger de voir naître de nouveaux Castro qui avait conduit Washington, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, à soutenir coups d’Etat et régimes militaires sur tout le sous-continent mais, aujourd’hui, alors que l’Iran, son nouvel adversaire N°1, prend pied dans la région, la Maison-Blanche parait s’y résigner. Pour la seconde fois en cinq mois, le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, était, samedi, à Caracas, reçu en « frère » (c’est ainsi qu’ils s’appellent) par le Président vénézuelien. « Mort à l’impérialisme américain ! », a lancé Hugo Chavez. La traduction a donné « Mort à l’Amérique ! ». La délégation iranienne a applaudi à tout rompre. L’Iran et le Venezuela, quatrième et cinquième exportateurs mondiaux de pétrole, sont convenus d’unir leurs efforts au sein de l’Opep pour faire repartir à la hausse les cours de leur « produit principal » en en réduisant la production. Ces « frères » se sont même promis de promouvoir ensemble « la pensée révolutionnaire dans le monde », l’idée que « la raison de tous les problèmes actuels est la direction erronée prise par les pays puissants » et, là-dessus, Mahmoud Ahmadinejad est parti pour Managua. Il y était accueilli, dimanche, hier, par un homme qui fut la bête noire des Etats-Unis, Daniel Ortega, un ex-guérillero marxisant revenu la semaine dernière à la tête du Nicaragua. Embrassades, ouvertures d’ambassades, promesses d’aides massives de la République islamique et, aujourd’hui, le Président iranien arrive en Equateur où il participera, aux côtés d’Hugo Chavez, à l’investiture du nouveau Président, Rafael Correa, un économiste nationaliste qui veut fermer la base que les Etats-Unis entretiennent dans son pays. Qu’y a-t-il de commun entre ces dirigeants latino-américains, tous très chrétiens, et le chiite illuminé qu’est Mahmoud Ahmadinejad ? Qu’est-ce qui peut bien rapprocher des hommes qui se réclament de la gauche et un régime théocratique, dirigé par un clergé qui détient toutes les clés du pouvoir ? Sur le fond, rien mais tous partagent une même hostilité à l’égard des Etats-Unis ou, plutôt, un même désir de s’affranchir de leur tutelle, de leur faire contrepoids pour exister et d’être traités par eux d’égal à égal. Le vieux ressentiment latino-américain rencontre l’ambition de puissance de l’Iran et, l’ennemi de mon ennemi étant mon ami, la plus improbable des alliances s’ébauche, permise par la paralysie dans laquelle l’aventure irakienne a plongé la puissance américaine. Cette incursion iranienne dans ce qui fut l’« arrière-cour » de Washington ne changera pas la face du monde mais, outre qu’elle marque un raidissement d’Hugo Chavez, elle dit l’affaiblissement des Etats-Unis.

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