Sans être un palace, c’est le meilleur hôtel de Kaboul. Beaucoup des étrangers travaillant dans la capitale afghane y résident. Le ministre norvégien des Affaires étrangères y était descendu car l’hôtel Serena est l’un des endroits les mieux protégés du centre ville mais, hier, un attentat suicide y a fait au moins sept morts et de nombreux blessés. En soi, ce n’est qu’un attentat de plus – il y en a eu 140 en 2006 – mais la symbolique du lieu comme la présence d’un ministre européen, la faillite sécuritaire que tout cela trahit, sonnent l’alarme. Rien ne va plus en Afghanistan. Tout y va si mal que l’homme censé coordonner l’aide internationale à ce pays, le Britannique Paddy Ashdown, déclarait récemment : « Nous avons perdu. Un succès est improbable ». En termes de victimes civiles, le bilan est moins terrible qu’à Bagdad. On ne voit pas, à Kaboul, autant de massacres à la voiture piégée sur des marchés ou de bombes à la sortie des écoles mais, politiquement parlant, l’impasse est sans doute encore plus grande qu’en Irak. Fin 2001, peu après les attentats du 11 septembre, lorsque l’Otan y était intervenu, avec l’aval de l’Onu, légalement et légitimement puisque le régime taliban y abritait et y protégeait, alors, l’état-major d’al Qaëda, ce pays avait accueilli l’intervention étrangère avec soulagement. Les Afghans n’en pouvaient plus de l’inquisition. Les troupes de l’Otan étaient non seulement perçues comme des libérateurs mais comme des porteurs, aussi, d’une manne occidentale dont ce pays ravagé avait tellement besoin après les années de résistance à l’Armée rouge, la guerre civile qui avait suivi la débandade soviétique et la folie talibane pour couronner le tout. Avec des ingénieurs, des médecins, pas tellement d’argent, des constructions de routes, de dispensaires et d’écoles, l’Otan aurait pu stabiliser l’Afghanistan. Une vraie victoire contre le terrorisme aurait pu y être engrangée mais, tout à l’aventure irakienne, les Etats-Unis ont négligé ce pays, détournant vers Bagdad les hommes et les crédits qu’il y fallait. Les attentes ont été déçues. Le gouvernement n’a bientôt plus contrôlé que sa capitale, et bien mal. Dans le vide politique, les seigneurs de la guerre civile ont repris en mains des régions entières tandis que la culture du pavot florissait comme jamais, que la corruption se développait avec elle et que les Taliban, petit à petit, redressaient la tête car, au moins, sous eux, l’ordre régnait, honni, détestable, mais embelli par l’anarchie d’aujourd’hui. Dans ces montagnes qui avaient toujours découragé les invasions, la situation est devenue tellement inextricable que beaucoup des pays de l’Otan refusent d’envoyer des troupes ou d’augmenter leurs effectifs. Des coups, bien sûr, sont portés aux Taliban, des points marqués ici ou là, mais le fait est que cette intervention ne sait plus où elle va, sans stratégie à long terme ni vrais objectifs. Aux frontières de l’inquiétant Pakistan, le chaos grandit en Afghanistan.

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