Ce n’est pas la guerre, la vraie, mais cette guerre du gaz est particulièrement complexe. A entendre les uns, ceux qui se défient autant de la Russie d’aujourd’hui que de l’Union soviétique, le Kremlin aurait entrepris de paralyser l’Europe, de fermer ses radiateurs et ralentir sa production, pour lui rappeler sa dépendance vis-à-vis des approvisionnements énergétiques russes et faire ainsi peser sur elle une menace politique propre à l’intimider. L’Europe, disent-ils, fait face à un chantage politique de la Russie mais d’autres ne voient, là, que les conséquences d’un conflit commercial, somme toute banal, entre la Russie et l’Ukraine. Si l’Europe risque de manquer de gaz et si l’Europe centrale en manque déjà, rétorquent-ils, c’est tout simplement que ses approvisionnements russes transitent par l’Ukraine, que la Russie avait accordé à cette ancienne République soviétique des prix de faveur et qu’elle veut, aujourd’hui, les ajuster à celui du marché en lui coupant les robinets, faute d’un accord. L’Europe, estiment-ils, n’est qu’une victime collatérale de la pression que la Russie exerce sur l’Ukraine afin de lui faire accepter le relèvement de ses tarifs et de lui faire régler les arriérés qu’elle lui doit. Le problème est que tout le monde a raison car, dans cette affaire, il faut séparer les causes des conséquences. La cause de cette crise est commerciale car, dès lors que l’Ukraine – ses actuels dirigeants en tout cas – se tourne non seulement vers l’Union européenne mais aussi vers l’Otan, la Russie n’a plus aucune raison de continuer à lui accorder ce qui était clairement un prix de subvention politique. Convertie à l’économie de marché, applaudie de l’avoir fait, la Russie se conforme, en l’occurrence, aux règles et aux prix du marché et l’on peut d’autant moins s’en scandaliser que son économie est très mal point, profondément affectée par l’effondrement des Bourses et par l’écroulement, surtout, du cours des matières premières dont elle tire l’essentiel de ses ressources. Mal en point, la Russie ne veut plus faire de cadeaux économiques à un pays qui ne lui fait plus de cadeaux politiques. L’Ukraine fait ses choix, la Russie en fait autant mais on ne peut, pourtant, pas imaginer un instant que l’Etat russe qui contrôle entièrement Gazprom, sa compagnie gazière dont l’ancien patron n’est autre que Dmitri Medvedev, l’actuel président russe, n’ait pas vu l’intérêt diplomatique qu’il pourrait aussi trouver à cette épreuve de force commerciale. Sans pression directe, sans menace aucune, l’Union européenne est rappelée, là, à la réalité du fait qu’elle ne peut pas se passer du gaz russe et, en conséquence, pas ignorer la Russie. C’est ce qui s’appelle un message, sérieux mais pas à dramatiser car la Russie a encore plus besoin de vendre son gaz à l’Europe que l’Europe de le lui acheter. A trop jouer de ses robinets, la Russie ne ferait que perdre ses clients européens en les poussant à s’approvisionner ailleurs, même plus loin, même plus cher. Ce n’est pas la guerre. Ce n’est que le gaz.

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