Massif, émouvant, rassurant sur la nature humaine, l’élan de solidarité est tel qu’Haïti ne peut déjà plus absorber l’aide mobilisée en sa faveur. Tout manque à ces survivants, perdus, hagards, désespérés – des médecins, surtout, des médicaments, surtout, des hôpitaux de campagne, surtout, des grues, surtout, pour dégager les ruines sous lesquelles tant de gens restent ensevelis et s’éteignent lentement, inexorablement, sans eau, dans le noir et la puanteur des cadavres. Tout manque, mais l’aéroport de Port-au-Prince, trop petit, trop endommagé, peine grandement à accueillir les avions prêts à décoller d’Europe et d’Amérique. Les routes sont trop embouteillées de réfugiés pour que les équipes arrivées sur place puissent aussitôt être opérationnelles et la misère et la faim sont trop grandes pour que la sécurité des sauveteurs soit pleinement assurée. Torrents d’horreur et de bonne volonté, c’est le chaos, en un mot, cette « deuxième catastrophe » que Bernard Kouchner craignait dès hier matin, sur cette antenne. Il faudrait organiser, planifier, « prioriser », comme on dit, mais qui doit le faire ? Ce devrait être les autorités nationales mais, outre que le séisme n’a pas épargné ministres et fonctionnaires, l’appareil d’Etat haïtien est pauvre, faible, sans moyen de le faire. L’Onu, alors ? Elle s’y efforce mais l’Onu est en deuil de dizaines, peut-être 200 de ses représentants en mission à Haïti et son bilan dans ce pays, loin d’être nul, n’est pas non plus probant. Les grandes puissances, alors, les Etats-Unis et l’Union européenne ? Oui, bien sûr, mais qui, précisément ? L’Amérique ou l’Europe ? Le voisin ou le vieux continent d’où l’Espagne et la France étaient parti coloniser cette île ? Entre Washington et Bruxelles, il y a, là, comme un grondement de rivalité et, même si les deux grands, le petit grand et l’autre, parviennent à se coordonner, restera la grande question. Comment, de quel droit, dans quelles limites et sur quelles bases, prendraient-ils l’ordre et l’économie en charge, tout en main, dans un pays défait mais souverain ? Devant l’urgence, parce qu’il ne peut pas en être autrement, les choses se mettront en place, un équilibre se trouvera, mais observons ce moment. En vingt-quatre heures, viennent de se poser en Haïti des problèmes qui se rencontrent périodiquement aux quatre coins du monde. Parce que l’instantanéité des communications fait que nous vivons, en direct, les malheurs les plus lointains, parce que la générosité a permis l’essor des organisations humanitaires et que les opinons somment les Etats de faire au moins autant que les ONG, les pays riches interviennent, pas partout mais souvent. C’est bien, c’est mieux que de détourner son regard, mais, dès lors que des Etats ou l’Onu interviennent, ils ont une obligation de résultats, sur la durée, et le fait est que, sauf à en revenir et encore aux mandats d’antan, à la mise de pays sous tutelle, on ne peut exporter et enraciner la paix civile, le bien être et la stabilité. C’est affaire de longs processus internes et, au-delà des secours d’urgence, on risque, là, de le vérifier à nouveau.

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