La guerre a sa logique. Dès lors que la France a du intervenir au Mali pour y stopper l’offensive que les djihadistes avaient lancée contre Bamako, dès lors qu’elle avait jeté ses forces et ses hommes dans une bataille qu’elle n’avait pas souhaitée mais que la défense du Mali et de la stabilité régionale lui imposait, elle ne pouvait pas s’engager à moitié.

Elle ne pouvait plus se contenter d’avoir arrêté l’offensive djihadiste et faire taire ses armes en attendant que des troupes africaines viennent, un jour, comme prévu par l’Onu, aider les maigres troupes maliennes à reprendre le contrôle du Nord car nul besoin d’être militaire pour comprendre ce qui se serait alors passé. Les colonnes djihadistes se seraient alors reformées, plus décidées que jamais à s’emparer de Bamako. La France aurait alors dû se remobiliser et reprendre le combat après les avoir laissé reprendre l’avantage. C’eut été tout simplement aberrant et c’est pour cela que la logique de guerre la conduit aujourd’hui à engager d’importants renforts, à couper les djihadistes de leurs sources de ravitaillement en armes et en carburant, à s’attaquer à leurs bases arrière et à tenter de les paralyser – bref, à faire la guerre et pas à moitié.

Parce que c’est inquiétant, il est logique que cela inquiète et qu’on entende, déjà, des voix françaises crier à l’aventure mais quoi ?

L’aventure était elle de faire face à quelques milliers d’hommes, quinze cents vrais combattants au plus, très bien armés, très bien entraînés mais qui ne sont tout de même pas les armées du Pacte de Varsovie ou bien de leur permettre de prendre le contrôle de tout le Mali, nord et sud, d’en faire le point de ralliement de tous les soldats perdus de la guerre sainte, d’opérer une jonction avec les redoutables djihadistes nigérians de Boko Haram et de plonger ainsi une moitié de l’Afrique, Sahel puis Maghreb, dans un chaos formidablement dangereux pour l’Europe et sanglant pour les Africains ?

Oui, la France prend là des risques, ceux de perdre des hommes, de voir assassiner ses otages ou, même, d’être frappée sur son sol mais quelles auraient été les pertes s’il avait fallu aller libérer Bamako dans des combats de rue ? Combien y aurait-il aujourd’hui d’otages si la capitale malienne était tombée et à quels dangers seraient exposés le sol français et l’Europe entière si le djihadisme reprenait la main sur la rive sud de ce lac intérieur qu’est la Méditerranée ?

C’est y répondre que poser ces questions. Il y a des défis qu’il faut relever pour s’éviter des risques plus grands encore mais on ne peut pour autant pas se cacher la réalité. La partie n’est pas jouée. Elle peut être longue et coûteuse et, dès lors qu’un pays intervient dans un autre, il s’oblige à le prendre en charge, en l’occurrence à aider le Mali à rebâtir son économie, à bâtir un Etat et à résoudre – bien plus complexe encore – la question touareg, celle de cette population du nord qui ne sent pas chez elle au Mali et rêve de construire un foyer national pour tous les Touaregs de la région. A terme, c’est toute la question de la pérennité des frontières coloniales que cette crise vient poser et elle sera autrement plus redoutable que les colonnes djihadistes.

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