A Copenhague ou Helsinki, cet homme aurait fait un Premier ministre tel qu’on les aime en Scandinavie. Discret, modeste, ne se prenant pas pour Charles de Gaulle, Louis XIV ou François Mitterrand et quêtant l’empathie des ses interlocuteurs, François Hollande a tout d’un M. Tout le monde, d’un M. Normal dirait-il, et à peu près rien du charisme, de cette stature et de cette morgue qu’on continue d’attendre à Paris d’un président de la République.

Il n’occupe pas les ors élyséens. Il y flotte mais ce qui est une faiblesse en France alors que cela devient la norme en Europe est compensé, chez lui, par une force intérieure faite de ténacité, de courage et de cohérence.

Fils spirituel de Jacques Delors et venu à la gauche par le catholicisme comme tant de ceux qui l’entourent, essentiellement centriste, cet homme a une vision historique de sa tâche présidentielle. Très loin des sondages qui en ont aujourd’hui fait le plus impopulaire des présidents de la V° République, il se fait fort de les retourner un jour en ayant rouvert à la France – c’est lui qui le disait hier – « un destin qui corresponde à son histoire ».

C’est une vaste ambition pour un pays en période de basses eaux, qui ne croit plus en lui-même et s’abîme dans la morosité mais, grandeur de la France en tête, beaucoup plus président qu’il n’y paraît, ce Scandinave s’y est attelé avec les trois objectifs détaillés dans sa conférence de presse.

Le premier est de redonner une force à l’industrie française en lui redonnant des marges lui permettant d’investir et d’embaucher. Social-démocratie ? Social- libéralisme ? Je suis, oui, social-démocrate, répond-il. Je suis le contraire d’un libéral, ajoute-t-il, mais on sent bien qu’il se contrefiche de ces étiquettes et n’a qu’une chose en tête : maintenir et élargir l’influence internationale de la France en en refaisant une économie dynamique, créatrice d’emplois et à même de lui éviter un vrai recul en ce nouveau siècle.

Son deuxième objectif est d’assurer la présence de la France dans ses zones d’influence traditionnelles. D’où la détermination avec laquelle il a décidé des interventions au Mali et en Centrafrique qui sont également, et peut-être d’abord, destinées à esquisser ce que devrait être et n’est malheureusement pas encore une politique de l’Europe vis-à-vis des ses marches du Sud et de l’Est. .

Et puis enfin, il y a surtout, avant tout, l’Europe qui est « l’avenir de la France comme la France est l’avenir de l’Europe ». Jamais François Hollande n’avait été publiquement aussi clair sur l’absolue priorité qu’il accorde à l’unité européenne mais, là encore, c’est le pragmatisme qui est sa ligne de conduite.

Pas de grandes théories, pas de grands mots ni de querelles byzantines mais une volonté de « relancer » l’Union autour de trois projets franco-allemands : la « convergence économique et sociale », un Airbus de la transition énergétique et l’organisation d’une « responsabilité commune pour la paix et la sécurité dans le monde ». Nullement injouables avec la nouvelle coalition allemande, ces projets européens pourraient être très porteurs. Scandinave aux ambitions françaises, ce président a encore trois ans devant lui mais déjà… deux ans de perdu.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.