Mme Merkel et les dirigeants sociaux-démocrates veulent reformer une grande coalition pour refonder l'Europe avec la France mais le feu vert des militants du SPD n'est pas acquis.

L’appareil puis la base peuvent encore tout bloquer. L’appareil social-démocrate peut encore refuser, dimanche, l’accord auquel ses chefs de file et Mme Merkel sont parvenues vendredi sur les grandes lignes d’un programme de gouvernement commun. 

Si c’était le cas, la chancelière devrait soit envisager de nouvelles élections soit tenter de former un gouvernement minoritaire. L’Allemagne n’en sortirait pas renforcée. La relance de l’unité européenne n’en serait pas non plus facilitée et quand bien même cet obstacle de dimanche serait franchi, quand bien même la reprise des négociations déboucherait sur un accord de gouvernement en bonne et due forme, la base du SPD, l’ensemble des militants sociaux-démocrates, pourrait encore dire « non » à la reformation d’une grande coalition.

L’Allemagne n’est pas déjà sortie de ses difficultés intérieures mais, dans l’hypothèse où sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens reprendraient  ensemble les commandes, ils le feraient avant tout pour refonder l’Union aux côtés de la France. 

L’ébauche de programme commun qu’ils ont rendu publique vendredi est parfaitement claire à cet égard. On y lit que l’Europe doit prendre en main son destin en raison des changements dans la relation avec les Etats-Unis, des défis chinois et de l’agressivité croissante de la Russie. Le chapitre intitulé « Un nouvel éveil pour l’Europe » propose de « renforcer et réformer la zone euro en étroite collaboration avec la France ». 

Sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens envisagent notamment la création d’un Fonds monétaire européen destiné à faire face à toute crise d’un ou plusieurs pays membres et disposant de fonds spécifiques pouvant constituer la base d’un budget d’investissement de la zone euro – une perspective que l’Allemagne refusait jusqu’à présent. 

On est là très près des propositions pour l’Europe avancées par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne. Après que le nouveau président français a placé sa campagne et ses premiers mois de pouvoir sous le signe de l’Europe, l’audace européenne revient aussi à Berlin. Ce qui vient de s’y passer vendredi pourrait ouvrir la voie à l’affirmation progressive d’une Europe politique au cœur de l’Union, d’une Union à plusieurs vitesses où ceux qui voudraient aller plus loin plus vite le feraient sans plus attendre que tout le monde suive comme un seul homme. 

A l’heure du retrait américain, l’enjeu est simplement capital mais son importance ne peut pas faire oublier que les militants sociaux-démocrates aspirent profondément à la cure d’opposition qui, pensent-ils, leur rendrait leur identité et mettrait terme à leur recul. C’est un impératif contre l’autre.   

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