Donald Trump et un émissaire chinois signent aujourd’hui un accord "intermédiaire" dans la guerre commerciale qui oppose les deux pays depuis deux ans. Cet accord ne règle rien et la rivalité stratégique continue de plus belle.

Peinture murale en juin 2019 à Milan, en Italie, signée du street-artist TvBoy, montrant un baiser « à la Brejnev » entre Donald Trump et Xi Jinping, chacun tenant un smartphone de l'autre pays, Apple ou Huawei !
Peinture murale en juin 2019 à Milan, en Italie, signée du street-artist TvBoy, montrant un baiser « à la Brejnev » entre Donald Trump et Xi Jinping, chacun tenant un smartphone de l'autre pays, Apple ou Huawei ! © AFP / Miguel MEDINA / AFP

C’était en mars 2018 : Donald Trump tweetait que les guerres commerciales étaient une « bonne chose, faciles à gagner ». 

Près de deux ans plus tard, le Président américain signe aujourd’hui avec un émissaire chinois un accord qui ressemble plus à une trêve qu’à un traité de paix. C’est d’ailleurs officiellement un compromis intermédiaire, l’accord définitif étant judicieusement renvoyé à après l’élection américaine.

La guerre commerciale ne s’est pas révélée aussi facile à remporter que ne le disait Trump. Même si, aux États-Unis, un assez large consensus bipartisan est apparu sur la nécessité de changer les règles commerciales avec une Chine qui n’a pas joué le jeu.

A l’arrivée, Donald Trump a obtenu quelque 200 milliards de dollars d’achats supplémentaires de produits américains, ce n’est pas rien, et sa base électorale crie au triomphe ; mais les sujets de fond qui fâchent sont renvoyés à plus tard. 

Non seulement les problèmes structurels demeurent, mais la rivalité stratégique sino-américaine, elle, ne faiblit pas et semble inscrite dans la durée.

La relation entre les deux premières économies mondiales est passée en peu de temps de l’espoir d’une idylle durable à un profond désamour. Pendant une trentaine d’années, pourtant, les deux pays ont tissé des liens étroits tous azimuts… Et ce n’est pas terminé, la semaine dernière encore, Tesla, le constructeur américain de voitures électriques, sortait en fanfare son premier modèle de sa nouvelle usine de Shanghai.

Mais Chinois et Américains ne font plus le même rêve. Les États-Unis voient d’abord un rival qui veut les supplanter en Asie, et les dépasser dans le monde ; tandis que, vu d’une Chine qui s’est refermée politiquement, l’Amérique est à la fois un modèle à imiter et une insupportable puissance hégémonique. La querelle commerciale n’est que la partie visible de ce bras de fer global.

Par bien des aspects, c’est une nouvelle guerre froide. Par exemple sur la technologie, terrain d’affrontement privilégié du XXI° siècle. L’administration Trump a décidé de barrer la route à l’équipementier télécom Huawei, l’entreprise la plus emblématique du techno-communisme chinois. 

Bien qu’elle soit en pointe sur la 5G, l’entreprise est bannie du sol américain, et Washington fait pression sur ses alliés pour qu’ils en fassent de même. Le Royaume Uni est ainsi partagé entre menaces américaines et chinoises contraires, alors que Boris Johnson doit bientôt annoncer sa décision sur le sort de Huawei dans son pays.

Le risque est celui d’une grande divergence entre deux univers économiques et technologiques, l’un américain, l’autre chinois, qui forcera les pays tiers, comme les Européens, à choisir leur camp. Le monde globalisé se balkanise de nouveau.

L’accord commercial permettra à Trump de crier victoire à peu de frais sur les podiums électoraux ; mais il laisse à son successeur, lui-même ou un démocrate, le soin de façonner le monde d’après, qui reste à définir.

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