L'armée soudanaise assure avoir "déjoué un coup d'Etat" : elle tient surtout à faire savoir que l'ordre règne et qu'elle tient le pays. La révolution qui a eu raison en avril d'Omar Al Bashir a-t-elle perdu la partie ?

Manifestation d'appel à un gouvernement civil le 30 juin 2019 à Khartoum au Soudan
Manifestation d'appel à un gouvernement civil le 30 juin 2019 à Khartoum au Soudan © Getty / David Degner

Ce matin, j'ai voulu revenir sur la situation au Soudan. À cause d'une information passée inaperçue en fin de semaine dernière : la junte militaire « transitoire » a fait savoir qu'elle avait déjoué une tentative de coup d'Etat. Civil ? Militaire ? On ne sait rien de ce coup de force, mais ce n'est pas le plus important.

Le plus important, c'est de bien faire comprendre aux Soudanais que l'armée est belle et bien installée au pouvoir et que, loin d'être affaiblie par des mois de manifestations, elle veille et réagit. À bon entendeur, salut !

Rappelons que depuis des mois, l'initiative était du côté de la rue et des manifestations qui ont eu raison, en avril, de trente ans de dictature d'Omar al Bashir, le bourreau du Darfour. Mais depuis que l'armée a tiré dans la foule, le 3 juin, tout a changé...

L'armée a repris la main

L'armée a d'abord installé un des siens à la présidence : Abdel Fattah al-Burnan. Un des suppôts du régime précédent, réputé pour sa brutalité. Elle a ensuite fait le tour des « satrapes orientaux » pour faire rentrer de l'argent frais et des réassurances.

Quel est ce club très exclusif ? Il est composé d'au moins trois dirigeants : le saoudien Mohamed Ben Salman, dit MBS, de l'Egyptien Abdel Fattah Al Sissi et de l'Emirati Mohamed Ben Zayed. C'est trois là ont en commun l'autocratie et la brutalité.

Ils sont soudés par une même haine des printemps arabes et donc de tout changement de régime qui pourrait amener dans leur banlieue régionale autre chose que l'armée ou une famille régnante au pouvoir. Et au Soudan encore moins qu'ailleurs...

La Soudan, carrefour stratégique pour l'Egypte et les monarchies du Golfe

Ces "satrapes orientaux" n'ont pas réussi grand chose somme toute. Au Yémen, la guerre s'est enlisée dans le sang. Leur blocus du Qatar tourne au ridicule. Ils ont perdu la Syrie face à l'Iran. Enfin, leur soutien en Libye au général Haftar, qui leur ressemble tant, n'a rien donné.

Alors pas question que le Soudan, qui a une façade sur la Mer Rouge, face à l'Arabie saoudite ; qui fournit la chair à canon dont les Saoudiens ont besoin au Yémen ; qui partage le Nil avec l'Egypte contre l'Ethiopie, pas question donc que Khartoum bascule.

Ce club des satrapes orientaux n'a donc pas lésiné : 500 millions de dollars sur le compte de la banque centrale soudanaise et deux milliards et demi en aide alimentaire et militaire. Enfin, le modèle égyptien en open source ; en libre accès si vous voulez.

Le modèle égyptien en partage

Sacrifier le dictateur, ensuite laisser les « démocrates » s'enferrer et se diviser ; organiser les pénuries et reprendre le pouvoir avec la plus grande brutalité : c'est ça que les militaires soudanais ont en tête, rien d'autre.

Il reste deux inconnues

  • Le peuple soudanais, qui ne veut pas subir le même sort que les Égyptiens.  
  • L'incapacité du « club des satrapes orientaux » à imaginer ou faire autre chose qu'encore et toujours payer. C'est leur faiblesse.
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