On s’en apercevra très bientôt. Abstention ou pas, si mal élu qu’il ait été, le Parlement européen va maintenant prendre un poids et une visibilité qu’il n’avait encore jamais eus. La première raison en est que le projet de Constitution qui devrait être adopté, vendredi, par les 25 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union, par le Conseil européen, étend le pouvoir des députés. Ils seront désormais des parlementaires à part entière, de vrais législateurs, car à quelques domaines près qui restent l’apanage des Etats, donc du Conseil, les lois européennes devront être approuvées à la fois par le Parlement et le Conseil qui joueront ainsi le rôle traditionnel des deux Chambres, Sénat et Assemblée nationale. Quand il y aura désaccord entre eux, entre la représentation des Etats et celle de l’Union, il y aura négociations, amendements, navette, et si un compromis n’est pas trouvé, la loi ne passera pas. Cela signifie non seulement que le Conseil devra tenir compte du Parlement mais aussi que les députés vont se saisir de ce nouveau pouvoir pour affirmer leur place et, par là même, la démocratie européenne, que tout ne relèvera plus, dans l’Union, des tractations opaques entre les gouvernements nationaux. Cette évolution sera d’autant plus forte, et rapide, que la nouvelle Constitution fait obligation au Conseil de choisir son candidat à la Présidence de la Commission, de l’exécutif de l’Union, dans les rangs de la majorité du Parlement. Un pas est fait vers l’instauration d’un parlementarisme européen, d’un système dans lequel le chef de l’exécutif procède de la majorité parlementaire. C’est la deuxième raison pour laquelle l’importance du Parlement va croître, dès les prochains jours, et la troisième est que plusieurs courants du nouveau Parlement sont décidés à rebattre les cartes politiques européennes. Un changement de donne préparé dont les auditeurs de France-Inter ont eu, hier, la primeur européenne lorsque François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, le chef de file des Verts européens, ont déclaré en direct, sur notre antenne, leur désir de travailler ensemble à Strasbourg. Dans un premier temps, les députés européens de l’UDF devraient quitter le Parti populaire, le groupe conservateur du Parlement, pour rejoindre le groupe centriste avec plusieurs grandes figures européennes dont Romano Prodi, le fédérateur de la gauche italienne, et Bronislaw Geremek, l’ancien ministre des Affaires étrangères polonais et ancienne tête pensante de Solidarité. Ensemble, ils veulent créer un groupe démocrate qui s’allierait ensuite avec les Verts et les socialistes pour former une coalition des partisans de l’Europe politique. Si cette entreprise est menée à bien, ce qui est probable, c’est le grand débat sur la nature même de l’Union, Europe fédérale ou Europe des Etats, qui structurerait demain le Parlement. Beaucoup de choses en seraient changées, d’abord à Bruxelles puis, progressivement, sur les échiquiers politiques de toute l’Union.

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