L'Iran bouge. Jusqu'où, on ne le sait pas encore mais l'Iran bouge si profondément que, loin de la rigueur religieuse, bien loin de l'austérité conservatrice, très loin de cet Islam pourtant aux commandes de la République, tous les candidats à la présidentielle d'après-demain, des ultraconservateurs au réformiste le plus radical, se seront finalement tous battus sur les mêmes terrains - pragmatisme, modernisme, jeunisme surtout. Près de trois Iraniens sur quatre ont moins de trente ans. C'est la clé de ce pays, de sa révolte ou de sa stabilité, de la mort ou de la survie du régime islamique car cette jeunesse n'est plus contournable. C'est elle qui donne le ton. Elle veut que ça change, tomber le voile, respirer, s'habiller comme elle veut, vivre libre et cette réalité, la réalité iranienne, donne à cette campagne électorale des effluves de révolution culturelle. Ancien chef de la police, autrefois célèbre pour sa détermination à réprimer les manifestations étudiantes, le général Qalibaf se prévaut de titres universitaires, en géopolitique s'il vous plaît, pour se présenter en Docteur Qalibaf, s'habille en costumes de marque et ponctue ses spots de musique techno. C'est la droite, ordre et muscles mais tellement XXI0 siècle et le regard si bleu derrière ses fines lunettes que ses 44 ans plaisent à la jeune droite. Religieux modéré, Mehdi Karoubi fait campagne sur CD Rom tandis que son site le montre sans turban et surfant sur le net. Conservateur grand teint, Mohsen Rezaïe proclame, lui, « qu'après Dieu, c'est sur la jeunesse qu'il compte le plus » et promet - ça ne s'invente pas - un « gouvernement de l'amour » dans un « Iran joyeux ». Avec ça, les Iraniens croyaient avoir tout vu mais non. Hachemi Rafsandjani, 70 ans, deux fois Président et Talleyrand de ce régime, a fait encore beaucoup mieux. Il a réuni des jeunes gens pour parler avec eux, genre sans tabous, à bâtons rompus, modrene quoi. La scène était filmée. La télévision a projeté . C’était fait pour et l’Iran a entendu Rafsanjani expliquer que les jeunes devaient pouvoir choisir leurs vêtements à la seule! réserve, grands rires, de « n'être pas tout nus », que l'amitié entre les sexes était «ne « bonne efhose » et que d'ailleurs, lui-même... Eh bien il va le dire : « J'ai faitldans ma jeunesse, a-t-il dit, des choses que je n'ose encore pas avouer jusqu'aujourd'hui). Lui !? Oui, lui et ce film sur le nouveau Rafsanjani s'achevait su^cçs mots : « La nuit prend fin. Un nouveau jour commence pour l'Iran ». L'Iran, donc, était dans la nuit - c'est dit, une nuit de 26 ans de révolution islamique, et d'une entreprise de séduction à l'autre, cette campagne aura créé un tel appel d'air qu'on ne peut plus jurer de ses résultats. Le seul réformateur radical, Mostafa Mbïn, remonte dans les sondages, ne cesse plus de hausser le ton et parle de « rebâtir la patrie ». Le Docteur Qalibaf marque tant de points que l’abstention recule parmi les opposants les plus déterminés. Hachemi Rafsandjani, l’homme qui veut renouer avec les Etats-Unis et sauver le régime en le réformant, n'est décidément plus sûr de l’emporter au premier tour. Le jeu s'ouvre et, quel que soit l'élu, la réalité iranienne a déjà trop montré sa force pour qu'il soit aisé de la voiler à nouveau.

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