Les partisans du « non », en France comme aux Pays-Bas, ont un succès à leur actif. Par leur victoire, ils ont fait voir l’ampleur du malaise et de l’incompréhension, du rejet parfois, que le projet européen suscite aujourd’hui. En ce sens, Laurent Fabius a raison de dire que ce n’est pas le « non » qui a provoqué la crise mais la crise qui a provoqué le « non ». C’est indiscutable mais ce « non » a-t-il permis de progresser ? De faire émerger d’autres idées ? D’aller vers cette « autre Europe » à laquelle aspiraient tant des nonistes, de ceux du moins qui ne sont pas hostiles au principe même de la construction d’une Europe unie mais ne se satisfaisaient pas de son état actuel, de ce nouveau Traité ou des deux ? La réponse est tout aussi indiscutable. La réponse est « non », aussi claire que le « non » d’il y a un an, et il suffit pour s’en convaincre de voir les faits. Le mythe du « plan B », de ce plan alternatif qui aurait été caché dans les tiroirs d’on ne sait qui ou qui allait obligatoirement naître du refus de la Constitution, s’est dissipé. Non seulement il n’y avait pas et n’y a pas de « Plan B » mais les vingt-cinq chefs d’Etat et de gouvernement qui se retrouvent ce jeudi à Bruxelles n’y feront rien d’autre que prolonger la « période de réflexion » qu’ils avaient ouverte il y an car il n’y a pas l’ombre d’une idée de sortie de crise qui fasse l’unanimité ou réunisse ne serait-ce qu’une minorité significative. C’est le désarroi, la panne, car ce nouveau Traité était le fruit d’âpres négociations et de difficiles compromis entre les partisans d’une Europe marché et d’une Europe puissance, du libéralisme et du modèle social européen, de tous les courants et de tous les Etats qui font l’Union, et qu’un autre point d’équilibre sera d’autant moins aisé à trouver que les adversaires de l’Europe politique et de l’économie sociale de marché sont très logiquement ravis de ce blocage. Pour eux, c’est la divine surprise car, en l’absence d’un nouveau Traité, ce sont les anciens qui ont force de loi, ceux là même qui étaient repris dans cette troisième partie contre laquelle s’étaient mobilisés les « nonistes de gauche », ceux qui ont fait la différence et permis l’enterrement de ce texte. C’est ce dont ils ne voulaient pas - l’Europe marché régie par les seules lois du marché - qui s’installe aujourd’hui sur le vote d’il y a un an et c’est ce qu’ils voulaient - l’Europe politique, une Europe aux institutions plus claires et dans laquelle le Parlement, le suffrage populaire, aurait pesé d’un tout autre poids - qui ne se fait pas. Le malentendu est complet mais comment en sortir ? C’est la seule question qui vaille aujourd’hui et la seule certitude est qu’il n’y a pas grand-chose à attendre des négociations entre Etats. Sous trois ou quatre ans, leur unanimité se fera sur des bricolages mais la vraie relance de l’Europe devra passer par la formation de partis politiques paneuropéens à même de proposer des solutions communes aux problèmes communs et c’est de leur débat, du débat européen entre régulateurs et libéraux, que sortiront une vie politique européenne et les institutions qu’elle requiert. La route n’est pas fermée mais elle sera longue.

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