Déjà jouées, les choses se sont précipitées. Virtuellement contrôlée, hier matin, par les islamistes du Hamas, la Bande de Gaza l’était totalement à la mi-journée, après huit jours de guerre civile. Dans les heures qui ont suivi, Mahmoud Abbas, le Président palestinien issu du Fatah, limogeait le gouvernement et son Premier ministre islamiste, Ismaïl Haniyeh, décrétait l’état d’urgence et annonçait l’organisation d’élections « dès que la situation le permettra ». Il n’y a désormais plus de Territoires palestiniens, occupés ou non. Il y a d’un côté un Hamasland à Gaza, de l’autre un Fatahland en Cisjordanie. La perspective de création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 s’est éloignée comme jamais mais comment en est-on arrivé là ? Plus complémentaires qu’opposées, il y a deux lectures de cette tragédie qui découle, d’abord, de la victoire des islamistes aux élections parlementaires de janvier 2006. Malgré sa majorité, le Hamas n’avait pas pu appliquer son programme d’islamisation de la société et de relance de la bataille pour la destruction d’Israël en raison de la suspension de l’aide internationale à la Palestine et de la cohabitation avec un Président qui s’opposait à ses ambitions. Les islamistes tenteraient donc aujourd’hui par la force ce qu’ils n’ont pas réussi à faire par les seules élections. C’est une partie de la vérité mais l’autre est que le Hamas est loin d’être homogène. Comme le Fatah dans les années qui avaient précédé la signature des Accords d’Oslo par Yasser Arafat, c’est une organisation en mouvement, divisée par une lente marche de certains de ses dirigeants vers l’acceptation d’un compromis avec Israël que ses courants les plus radicaux persistent, eux, à refuser. Cette division est si réelle que l’Arabie saoudite avait pu en jouer pour amener le Hamas, en février dernier, à former un gouvernement d’union nationale avec le Fatah qui était fondé sur le « respect » par les islamistes des accords déjà passés avec Israël, autrement dit sur la reconnaissance implicite de son existence. Ce fut un moment décisif, bientôt suivi de la réaffirmation par la Ligue arabe de sa volonté de reconnaître Israël en échange de la création d’un Etat palestinien dans l’ensemble des Territoires occupés. Un espoir était rené au Proche-Orient mais tout le Hamas n’en était pas satisfait, loin de là, et il n’avait surtout rien pour plaire, ni à l’Iran ni aux mouvances du terrorisme islamiste car toute la démarche saoudienne visait à les isoler en les privant du terreau palestinien. Dans les pires embûches, ce chemin aurait peut-être pu mener à la paix mais la méfiance des Etats-Unis, la crise politique israélienne et la panne européenne ont privé ce gouvernement d’union de la reconnaissance et de la reprise de l’aide internationale qui auraient du saluer sa formation. Justifié par cet échec, le radicalisme avait, dès lors, les coudées franches.

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