C’était la grande et seule crainte de l’opposition iranienne. « Le problème disait-elle, sera la concordance entre l’entrée et la sortie des urnes », autrement dit la fraude et comment ne pas croire en effet, au vu des résultats officiels, qu’elle ait été non pas grande mais éhontée ? Ce n'est pas que l'homme proclamé réélu n'ait réuni aucune voix. Dans cette présidentielle, ce n’est pas parce que Mahmoud Ahmadinejad n’aurait pas eu de partisans que la fraude est évidente. Soit qu’ils lui aient été reconnaissants des aides d’Etat qu’il avait largement distribuées aux plus pauvres, soit qu’ils aient apprécié qu’il brave les grandes puissances au nom de l’Islam et de la grandeur iranienne, soit encore qu’ils se soient sentis vengés par ses dénonciations de la corruption, de nombreux Iraniens souhaitaient voter pour le président sortant et l’ont certainement fait. On le disait vendredi, ce n’était pas tout un pays contre un homme, encore moins contre un régime, mais comment comprendre que le spectaculaire recul de l’abstention, de cette abstention des classes moyennes qui, seule, avait permis l’élection de Mahmoud Ahmadinejad il y a quatre ans, ait pu lui profiter à lui et non pas à ses concurrents ? Comment comprendre que l’effervescence politique qui avait saisi ce pays depuis que les débats télévisés de la campagne avaient mis en difficulté le président sortant ait pu déboucher sur un tel triomphe de Mahmoud Ahmadinejad, sur ce score près de 63% des voix, sur une réélection au premier tour alors qu’il lui en avait fallu deux pour être élu il y a quatre ans - avant l’inflation galopante, avant le durcissement de la police des mœurs, avant l’isolement international de l’Iran ? L’opposition, en tout cas, le comprend si peu qu’elle refuse de reconnaître ce résultat et pas seulement en raison de ces questions de bon sens que chacun peut se poser. Elle le fait pour deux autres raisons. La première est que Mir Hussein Moussavi, le mieux placé des candidats oppositionnels, a reçu vendredi, en fin d’après-midi, un appel du bureau du Guide suprême, homme le plus puissant du régime et soutien de Mahmoud Ahmadinejad, lui disant qu’il était en tête du premier tour mais le priant de ne pas proclamer sa victoire trop vite et trop fort pour éviter des tensions inutiles. La seconde est que, grâce à des fuites aux plus hauts niveaux de l’Etat, l’opposition aurait en main des résultats, les vrais, donnant Ahmadinejad en troisième position avec moins de six millions de voix, très loin derrière les deux candidats réformateurs, Mir Hussein Moussavi et Mehdi Karoubi, qui auraient donc du s’affronter dans un second tour. Il y a, désormais, peu de chances que le régime accepte de revenir sur ces chiffres sauf, et encore, si les manifestations de protestation prenaient plus d’ampleur. Les dés semblent joués ou le seront vite et cela signifie, probablement, que l’inéluctable évolution de la théocratie iranienne a manqué sa dernière chance de se faire en douceur et, certainement, que les tentatives de Barack Obama de trouver un compromis avec l’Iran seront encore plus ardues que prévu. Cela fait deux mauvaises, très mauvaises nouvelles.

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