Il y avait des images, diffusées sur internet et qui parlaient d’elles-mêmes. Il y avait des récits indirects, recueillis par l’émigration syrienne et qui, déjà, glaçaient le sang d’horreur mais, faute de journalistes présents sur place, on n’avait pas encore eu de témoignages directs, vérifiés et incontestables sur ce que Bachar al-Assad et sa famille infligent à leur peuple depuis trois mois. Maintenant que près de dix mille Syriens ont trouvé refuge en Turquie dans un flot qui grossit sans cesse, des témoins peuvent parler à la presse, notamment à notre envoyé spécial, Omar Ouahmane, qui a même passé la frontière, et ce que tous rapportent est simplement intolérable. Ce ne sont que bourgades passées au fil de l’épée, femmes violées devant leurs enfants, champs brûlés, maisons détruites et soldats abattus sur place, séance tenante, dès qu’ils montrent la moindre hésitation à appliquer les consignes qui leur sont données. Les ordres sont simples, racontent les déserteurs : tuer, tuer sans discernement pour semer la terreur et la terreur règne dans les troupes chargées de la répandre. Maintenant documenté, tout cela est tellement atroce que l’inaction internationale en devient odieuse. Il se passe en Syrie ce que l’Onu a empêché de se produire en Libye. Ce n’est plus une éventualité qu’il faudrait combattre mais une réalité que plus personne ne peut nier et le monde laisse faire. Ce n’est pas que personne ne bouge. La Turquie a ouvert ses frontières aux réfugiés, les nourrit et les soigne. C’est son honneur comme c’est celui de la France de dénoncer cette barbarie jour après jour, toujours plus vigoureusement, et de batailler, surtout, au Conseil de sécurité pour obtenir qu’il veuille bien condamner, verbalement au moins, le régime syrien. Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, se démène également mais, comme ceux de la France, ses efforts restent vains car il n’y a pas aujourd’hui de majorité au Conseil de sécurité pour appeler un chat un chat et Bachar al-Assad un assassin. La Russie ne le veut pas parce qu’elle a gardé, datant de la Guerre froide, des liens privilégiés avec la Syrie et que Dmitri Medvedev, son président, s’est fait sévèrement tancer par son prédécesseur et rival, Vladimir Poutine, pour n’avoir pas opposé le veto russe à l’intervention en Libye. Comme la Russie, la Chine ne veut pas que l’Onu prenne le pli d’intervenir pour sauver des peuples de leur dictateur. Leurs raisons ne sont que trop évidentes et des pays comme l’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud freinent aussi des quatre fers parce qu’ils sont encore marqués par l’anti-impérialisme et les solidarités tiers-mondistes d’une époque révolue. L’Onu est, en mot, paralysée et ni l’Europe ni les Etats-Unis ne peuvent envisager une seule seconde une intervention sans mandat, dans un pays situé au cœur du Moyen-Orient, allié de l’Iran et prêt à éclater. Comme souvent, la diplomatie est impuissante mais reste une question. Comment est-il possible que nulle part, pas plus en France qu’ailleurs, il ne se trouve de partis, de syndicats, de personnalités pour appeler à manifester contre l’assassin de Damas et faire en sorte que ces Syriens dont le courage est si grand, sachent au moins que leur sort n’indiffère pas le monde ? Inexplicable, ce silence est inexcusable.

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