Les Etats-Unis ne s’y sont pas trompés. En rappelant aussitôt à l’armée égyptienne qu’elle s’était engagée « à intégralement transférer le pouvoir à un gouvernement civil démocratiquement élu », leur secrétaire d’Etat, Hilary Clinton, a implicitement accusé les militaires d’avoir procédé, hier, à ce qu’on appelle au Caire le « coup d’Etat en douceur ».

Hier, à deux jours du second tour de la présidentielle, la Haute Cour constitutionnelle, héritage de l’ancien régime et donc liée au Conseil suprême des forces armées, a soudainement invalidée l’élection d’un tiers des députés élus l’hiver dernier. La conséquence en est que le Parlement doit être dissout et de nouvelles législatives organisées à une date indéterminée. Il n’y a plus de pouvoir législatif en Egypte et cela signifie deux choses.

La première est que l’armée va tenir lieu de Parlement non élu comme elle l’avait déjà fait entre la chute d’Hosni Moubarak et les législatives. La seconde est que le président qui sera élu dimanche n’aura aucun pouvoir puisque la nouvelle Constitution qui devait définir ses prérogatives n’a toujours pas été rédigée et qu’il ne pourra maintenant plus s’appuyer sur le Parlement.

Si c’est le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, qui accède à la présidence, il ne pourra ainsi qu’inaugurer les expositions florales. Si c’est au contraire celui de l’armée, Ahmed Chafik, l’homme que la Haute Cour a autorisé à se présenter alors qu’il est le dernier Premier ministre d’Hosni Moubarak et qu’une loi interdisait aux caciques de l’ancien régime de briguer la plus haute fonction, pas de problème en revanche. Il appliquera les politiques définies par l’état-major dont il est issu et les militaires pourront dire qu’ils ont cédé les commandes, comme ils s’y étaient engagés, à un dirigeant procédant des urnes.

Le tour est joué. Pour un temps en tout cas, l’armée a gagné et, en le disant ou sans le dire, beaucoup de gens s’en féliciteront, en Egypte comme ailleurs. Qu’ils aspirent à un retour à l’ordre, préfèrent les militaires aux islamistes ou les deux, beaucoup de gens approuveront ce coup d’Etat en douceur mais il n’en constitue pas moins une totale et grave erreur politique.

Entre les législatives désormais invalidées et le premier tour de la présidentielle, en moins de quatre mois, les Frères musulmans avaient perdu 20% de leurs électeurs. En Egypte comme en Tunisie, le pouvoir usait les islamistes parce qu’ils étaient impuissants a redresser la situation économique, devaient rassurer les laïcs et composer avec les investisseurs et, surtout, parce les responsabilités gouvernementales les obligeaient à procéder à la hâte à un aggiornamento à la turque qui les fractionnait car ils n’avaient pas eu le temps de s’y préparer. Le meilleur moyen de les neutraliser ou de les faire évoluer était de continuer à les confronter à la démocratie et certainement pas de signifier à leurs partisans qu’il n’y avait pas d’espoir démocratique en Egypte.

Ce pas en arrière n’arrêtera pas l’histoire. L’aspiration aux libertés restera forte et finira par l’emporter mais une longue, inutile et triste période vient de s’ouvrir au Caire.

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