Est-ce la proximité géographique et culturelle ? Est-ce, plutôt, la similitude de situation ? Les deux sans doute mais le fait est que la Tunisie est en train de réinventer à son profit le concept de « compromis historique » qu’avait inventé l’Italie des années 70.

A l’époque, l’échiquier politique italien était dominé par deux grandes forces, la démocratie chrétienne et les communistes, que tout opposait et qui ne pouvaient pas plus s’imposer contre l’autre que faire avancer le pays sans le soutien de l’autre. Les communistes italiens avaient donc fait leur un communisme national, démocrate et très éloigné de ses racines idéologiques, « l’eurocommunisme », tandis que toute une partie des démocrates-chrétiens se faisait à l’idée de gouverner avec eux.

Eh bien c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui à Tunis. En Tunisie, après avoir remporté, en 2011, les premières élections libres de l’après dictature, les islamistes d’Ennahda ont perdu celles de l’automne dernier au profit du camp laïc. Les laïcs tiennent le Parlement et la présidence de la République mais quelques islamistes siègent pourtant au gouvernement et, tout au sommet de l’Etat, entre dirigeants des deux camps, un discret mais permanent dialogue s’est instauré sur les grandes orientations politiques et la conduite de l’Etat.

Les islamistes en sont venus là parce qu’ils avaient compris, durant leur passage au pouvoir, qu’une majorité parlementaire ne suffisait pas pour faire opérer un tournant à un pays coupé en deux. Devant la résistance à laquelle ils se heurtaient, celles des femmes notamment, ils avaient alors dû abandonne leur ambition de faire de la charia la loi tunisienne. Leur chef de file avait en conséquence théorisé la nécessité d’un « consensus » national allant au-delà d’une seule victoire électorale et cette évolution avait été précipitée - ce fut essentiel - par le complet échec des islamistes égyptiens qui, malgré une victoire encore plus grande que celle d’Ennahda en Tunisie, s’était fait renverser par l’armée avec l’assentiment de la population.

C’est ainsi que la nécessité d’un compromis historique avec les laïcs s’est imposée aux islamistes tunisiens qui veulent maintenant s’inscrire dans le paysage politique en s’affirmant en droite traditionaliste et religieuse et les laïcs ont, eux, toute raison de ne pas rejeter cette recherche de consensus.

La situation économique est si préoccupante et les grèves si nombreuses que les laïcs, premièrement, ne pourraient pas gouverner si les islamistes attisaient le mécontentement social. Le chaos de la Libye limitrophe où les jihadistes ne cessent de marquer des points pose, deuxièmement, un dramatique défi sécuritaire à la Tunisie qui ne pourrait pas y faire face sans unité nationale.

Fondé sur une conjonction d’intérêts, ce compromis ne pourrait pas avoir de plus solide base.

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