Au Sommet de l’OTAN comme à la rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine, le sujet des cyber-menaces s’impose au menu des discussions, signe de son importance croissante.

Vladimir Poutine dans le viseur … d’une caméra de télévision. Mercredi à Genève, Joe Biden entend le le mettre en cause dans des cyberattaques aux États-Unis.
Vladimir Poutine dans le viseur … d’une caméra de télévision. Mercredi à Genève, Joe Biden entend le le mettre en cause dans des cyberattaques aux États-Unis. © AFP / Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

Année après année, les cyber-menaces sous toutes les formes, criminelles, militaires, ou guerres de l’information, s’installent au cœur des relations internationales. Au Sommet de l’Otan hier à Bruxelles, et dans la rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine, demain à Genève, ces menaces occupent une place de choix.

Au Sommet de l’Otan, il s’est même produit un développement significatif, puisque dans un document non rendu public, les 29 pays de l’alliance ont décidé d’étendre au cybermonde la solidarité automatique en cas d’agression. 

L’article 5 de la Charte atlantique prévoit, et c’est le cœur de l’identité de l’Otan, qu’en cas d’agression contre un des membres, tous les autres sont automatiquement solidaires. Signe des temps, cet automatisme s’étend désormais aux cyberattaques, ce qui est logique, mais ne va pas sans poser problème.

Dans ces nouvelles formes de conflictualité, l’identification de l’agresseur est parfois complexe, voire impossible, et la riposte pas aussi évidente que dans la guerre conventionnelle.

L’actualité de ces derniers mois le montre l’urgence : les États-Unis ont accusé tour à tour les Russes et les Chinois d’être responsables d’intrusions massives dans des systèmes informatiques américains, y compris au sein de services de l’État.

Plus récemment, un pipeline entre le Texas et la côte Est américaine a été soumis à un cyber-rançonnage et a dû cesser ses activités en attendant le paiement d’une rançon ; il y a même eu pénurie d’essence à Washington. Ce type d’incidents se multiplie partout dans le monde, y compris en France où des hôpitaux ont été rançonnés par des cybercriminels.

Au Moyen Orient, on va même plus loin : les actes de cyberguerre commencent à se banaliser.

Cette escalade se produit dans un domaine sans règles du jeu, sans la moindre transparence, et des enjeux croissants à la hauteur de la numérisation de nos sociétés.

C’est assurément un sujet pour Joe Biden et Vladimir Poutine, ça risque même d’être LE sujet de la rencontre. Joe Biden a annoncé dès son arrivée à la Maison Blanche qu’il ferait payer la Russie pour ses intrusions dans les systèmes informatiques ou dans les campagnes électorales.

Les actes de rançonnage posent un nouveau problème. Les cybercriminels à l’origine de ces actes ont été localisés en Russie, mais Moscou nie toute implication. Les experts relèvent toutefois qu’ils ne s’en prennent jamais à des cibles russes, comme s’ils achetaient la paix avec les services de sécurité russes. Joe Biden veut que les Russes arrêtent les auteurs de ces actes criminels.

L’enjeu des discussions, qui mettront du temps à aboutir, car le climat est aujourd’hui à la méfiance, est d’arriver à une cyber-dissuasion comme il en existe une dans le domaine nucléaire, et si possible à une coopération contre le crime en ligne. Tout le monde y aurait intérêt car très vite, comme dans le nucléaire hier, chacun pourra faire à l’autre ce qu’il subit, c’est à ce moment-là que les négociations sérieuses pourront commencer… 

Ce n’est que le début d’une longue histoire, qui devra sans doute en passer par de nouveaux rapports de force, et donc des crises potentiellement dangereuses.

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