TC’est un cri d’alarme. Démocrates ou Républicains, ils sont dix-huit, dix huit vétérans du Congrès ou anciens responsables de l’exécutif américain, à lancer, à Washington, un appel au « renouveau du partenariat transatlantique ». Ils le font « avec un sentiment d’urgence » car, si les moments de malaise ou de doute ont été fréquents entre Américains et Européens, « il semble, disent-ils, que beaucoup de gens considèrent aujourd’hui, aux Etats-Unis comme dans plusieurs pays d’Europe, que nous n’avons, « peut-être », après tout, plus besoin d’être partenaires ». Oui. C’est un fait. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, tout un courant du parti républicain pense, et dit, que l’Alliance avec l’Europe n’est plus une priorité pour l’Amérique et que c’est au coup par coup, en fonction de leurs objectifs, que les Etats-Unis doivent choisir leurs alliés ou, plutôt, leurs soutiens. « C’est l’objectif qui détermine l’alliance et non pas l’alliance, l’objectif », considèrent ainsi les néo-conservateurs et parallèlement, la menace soviétique disparue, l’Europe se sent moins dépendante du parapluie américain, plus prompte à voir ce qui la sépare des Etats-Unis, plus désireuse de s’émanciper et d’exister par elle-même et pour elle-même. Ce ne sont plus seulement des désaccords qui pèsent sur la relation euraméricaine. C’est un début d’interrogation, des deux côtés, sur la raison d’être de l’Alliance et c’est bien ce qui inquiète Madeleine Albright, Zbigniew Brzezinski, Lawrence Eagleburger, Alexander Haig, Sam Nunn, James Schlesinger et les douze autres signataires de cet Appel car « notre défi commun, écrivent-ils, est d’agir en commun chaque fois que les valeurs et les intérêts qui unissent paraissent menacés ». « S’il peut n’être pas possible que nous nous occupions ensemble de tout, poursuivent-ils, nous devons impérativement nous assurer que, pris ensemble, nous pouvons tout faire » - autrement dit, qu’ensemble, nous soyons toujours, nous les grandes démocraties, les plus forts. Malgré des critiques faites au Européens, tout ce texte est une mise en garde à l’équipe Bush, priée de recourir à plus de modération verbale avec les alliés de l’Amérique et de ne rien faire pour donner l’impression que les Etats-Unis ne seraient plus favorables au « renforcement et à l’unification de l’Europe ». Très bien, bien dit, parfait mais s’il est vrai que ni l’Europe ni l’Amérique ne peuvent s’offrir le luxe d’oublier leur solidarité fondamentale, il n’en est pas moins vrai que l’Amérique n’a plus, aujourd’hui, besoin de défendre l’Europe pour se défendre elle-même, que ses nouveaux défis et ses nouveaux marchés sont ailleurs, que l’Europe a besoin, elle, de s’affirmer en affirmant une indépendance, que l’Amérique, toute l’Amérique, l’admet mal ou pas du tout – bref, que nos chemins ne sont plus forcément parallèles. Nous ne reviendrons pas au couplage de la Guerre froide. Le problème n’est pas de ressusciter ce qui n’est plus mais d’inventer une nouvelle relation, entre égaux, non plus entre le faible et le fort. Cela prendra du temps, le temps de faire l’Europe.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.