En privé, comme la France et la Grande-Bretagne, ou publiquement, comme l’Allemagne et le secrétaire général de l’Onu, les Américains reçoivent de partout le même conseil. Vous devez vous résoudre, leur dit-on, à négocier en direct avec l’Iran car personne d’autre que vous ne peut offrir à la République islamique les garanties et compensations qui pourraient la faire renoncer à ses ambitions nucléaires. Aux Etats-Unis mêmes, de plus en plus de personnalités de premier plan, notamment Henri Kissinger et Madeleine Albright, deux anciens secrétaires d’Etat, l’un républicain, l’autre démocrate, prodiguent ce même conseil à la Maison-Blanche. Cette quasi-unanimité tient au fait qu’à peu près personne ne croit à l’efficacité de sanctions économiques contre l’Iran et qu’à peu près tout le monde appréhende les conséquences d’une épreuve de force militaire qui n’aurait plus rien d’invraisemblable si le statu quo dirait. Ces démarches se font de plus en pressantes mais la réponse de l’administration américaine tient en un mot. « Non », dit-elle, en arguant du fait, bien réel au demeurant, que « les problèmes de l’Iran se posent avec le reste du monde et pas seulement avec les Etats-Unis ». Apparemment tout est bloqué sauf que lundi dernier, à New York, au cours d’un dîner très tendu entre les ministres des Affaires étrangères des trois puissances européennes, de la Chine, des Etats-Unis et de la Russie, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, s’est ralliée à l’idée que l’Union européenne élabore des propositions à faire à Téhéran - cherche des « carottes » susceptibles d’intéresser assez l’Iran pour qu’il puisse renoncer, en échange, à ses ambitions nucléaires et, cela, de manière sûre et vérifiable. Les ministres des Affaires étrangères des 25 se retrouvent donc, aujourd’hui, à Bruxelles pour en discuter et leurs propositions seront examinées vendredi, à Londres, par les pays membres du Conseil de sécurité. L’Union va travailler dans trois directions : un soutien au développement du nucléaire civil iranien, une éventuelle entrée de l’Iran dans l’Organisation mondiale du commerce et la définition des grandes bases d’un accord de stabilité régionale offrant des garanties de sécurité à la République islamique. On va là dans la bonne direction mais qui dit nucléaire civil dit possibilités d’acquisition d’armes atomiques. C’est le cœur du problème et, seconde difficulté, qui dit accord régional dit engagements des Etats-Unis sur leur politique proche-orientale. La réunion de vendredi sera difficile et l’on en revient toujours à la nécessité de négociations directes entre les Etats-Unis et l’Iran car seuls les Américains peuvent décider de l’ampleur, et de la nature, des gestes qu’ils seraient prêts à faire pour sortir d’une situation qui, pour l’heure, reste sans issue.

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