La tâche n’est pas aisée. Comme il l’avait déjà fait à Ankara, Barack Obama tentera, ici, le 4 juin, de la capitale égyptienne, de réconcilier l’Islam et l’Occident mais, autant il y a toujours moyen de régler un contentieux précis, aussi complexe soit-il, autant il est difficile d’abattre un mur de défiance, fait de tant de conflits présents et passés qu’on n’en voit plus le cœur. Dans l’histoire immédiate, on sait. En lançant ses commandos contre les tours jumelles, Oussama ben Laden voulait précipiter l’Islam et l’Occident dans un choc frontal dont il est convaincu que les musulmans sortiront victorieux. Il voulait semer l’animosité et son piège a fonctionné. Depuis le 11 septembre, principe de précaution, Américains et Européens voient en tout musulman un djihadiste en puissance, partisan de la guerre sainte, du djihad, et prêt à tout faire sauter. Il ne fait plus bon porter un nom musulman lorsqu’on arrive aux aéroports de New York, Paris ou Berlin. Les visas se font rare et, en retour, les ressortissants des pays musulmans en veulent aux Occidentaux de tous les regarder comme des suspects mais, avant cela ? Comment expliquer qu’on en soit arrivé à ce que de jeunes musulmans, sortis de familles aisées et bardés de diplômes, aient pu souhaiter cela ? Il faut remonter, pour le comprendre, à la décomposition des empires français et britanniques. Certains des pays décolonisés ont, alors, opté pour un modèle de type soviétique, parti unique et économie administrée ; d’autres pour un alignement sur les Etats-Unis qui se cherchaient des alliés contre l’URSS. Dans les deux cas, la référence était occidentale et, presque partout, ce fut la dictature, l’impéritie, une telle corruption que les nouvelles générations ont grandi dans la détestation de tous ces régimes avant que les plus révoltés, dégoûtés du socialisme comme de l’Amérique, ne se tournent vers la religion, vue comme le seul moyen de restaurer la grandeur perdue de l’Islam, de lui redonner autonomie et dignité. L’islamisme a pris d’autant plus d’essor dans les années 80 que, pour contrer l’URSS en Afghanistan, les Etats-Unis avaient cru habile de mobiliser contre elle des brigades internationales de l’Islam, formées par l’Arabie saoudite et le Pakistan. Armés par Washington, ces combattants ont bel et bien battu l’armée rouge mais al Qaëda est directement sorti de leurs rangs, avec des réseaux habités par la certitude de pouvoir battre l’Amérique puisqu’ils avaient eu raison du communisme. La violence de ces djihadistes inquiète et révulse l’immense majorité des musulmans. Leurs gouvernements la combattent mais, dans ses versions plus modérées, plus douces, plus politiques, l’islamisme, cette instrumentalisation identitaire d’une religion, rencontre un écho croissant dans des sociétés restées fortement religieuses et traditionalistes. En terres d’Islam, l’Occident est, aujourd’hui, beaucoup moins perçu comme colonial, impérialiste ou allié d’Israël que comme un monde sans Dieu, sans pudeur, immoral, décadent et dépravé – un monde dont le relativisme moral et la permissivité sexuelle scandalisent. Pour rebâtir les ponts entre ces deux mondes, il faudra plus qu’un discours et, même, qu’un Etat palestinien.

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