Drapeaux
Drapeaux © Grégory Delattre - Fotolia.com

C’est un pur hasard de calendrier mais il est formidablement révélateur. Ce soir le nouveau président de la République et la chancelière allemande dînent ensemble à Berlin pour chercher les bases d’un compromis sur les politiques économiques européennes qui pourrait bien augurer, à terme, d’une relance de l’Europe politique.

Hier, en Arabie saoudite, les six monarchies du Golfe ont décidé de « poursuivre l’étude » d’un projet d’union économique et politique destiné à opposer un front uni à l’Iran. Avant-hier, enfin, dimanche, la Chine, la Corée du Sud et le Japon ont annoncé leur intention d’ouvrir, avant la fin de l’année, des négociations visant à la création d’une zone de libre-échange entre ces trois principales économies de l’Asie du nord-est.

Les motivations sont différentes et les chances de succès inégales mais, quels que soient les contextes et les points de départ, on retrouve dans chacun de ces cas ce qui pourrit bien être une tendance lourde de ce siècle. Après une première phase de développement anarchique conduit par l’affirmation d’un marché sans frontières, un recul de la politique et l’illusion d’un libre-échange intégral entre des pays profondément inégaux, la mondialisation tend maintenant à s’organiser entre grands ensembles continentaux ou régionaux désireux de défendre leurs intérêts économiques, géopolitiques ou les deux.

Bien au-delà du débat paneuropéen entre libéraux et sociaux-démocrates sur les moyens de relancer la croissance en Europe, l’Union cherche aujourd’hui à rétablir ses comptes publics tout en regagnant les parts de marché et l’avance technologique que les pays émergents lui contestent. C’est à un réveil de l’Europe qu’on assiste car elle prend finalement conscience qu’elle doit faire front, imposer un rapport de force à ses grands concurrents, harmoniser ses économies et unir ses forces avant que la montée de l’Asie, l’unification des marchés américains et la modernisation, bientôt, de l’Afrique et des mondes arabes ne la condamnent à un recul qui préluderait à son déclin.

La Chine, la Corée du sud et le Japon prennent quant à elles conscience que les marchés européen et américain ne leur seront plus éternellement ouverts sans restriction d’aucune sorte et qu’il leur revient d’organiser l’Asie pour en garantir la stabilité et s’épauler par le développement de leurs échanges.

Quant aux pays du Golfe – l’Arabie saoudite, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, Oman et les Emirats arabes unis – leurs monarchies réalisent aujourd’hui qu’elles sont et seront toujours plus fragilisées par l’inexorable développement des printemps arabes, l’épuisement tendanciel de leurs ressources pétrolières et l’affirmation de l’Iran chiite dont le poids ne cessera de grandir dans la région à travers son accession à la bombe ou le compromis qu’il pourrait finir par passer avec les grandes puissances avant d’accélérer son rapprochement avec l’Irak, l’autre puissance majoritairement chiite de la région.

En pointillés, c’est à la constitution de grands blocs d’intérêts communs qu’on assiste ainsi dans un monde qui se régionalise. C’est une tendance lourde qui rend d’autant plus incontournables et urgents de vrais progrès de l’Europe politique.

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