C’est un signe, un de plus, de la profonde instabilité de l’Asie. Après que la Chine eut entrepris des forages pétroliers au large des îles Paracelles, l’un des deux archipels avec celui des Spratleys que le Vietnam et elle se disputent depuis des décennies, les marines des deux pays se sont violemment heurtées ces derniers jours, la tension nationaliste est montée au Vietnam et les ouvriers d’une importante zone industrielle y ont incendié, mardi, une quinzaine d’usines étrangères, toutes considérées comme chinoises.

La violence de ces manifestations était telle et traduisaient, aussi, une telle colère sociale contre les conditions de travail et de salaires grâce auxquelles le Vietnam attire les investisseurs étrangers, y compris chinois, que quelques 500 émeutiers ont été arrêtés. De lourdes condamnations s’annoncent mais il n’en reste pas moins qu’Hanoi avait très vivement réagi à ce forage chinois et chauffé son opinion à blanc parce que le Vietnam, comme tous les voisins de la Chine et toute l’Asie, s’inquiète aujourd’hui de la montée en puissance de la Chine.

Tout au long de l’année dernière, Japonais et Chinois s’étaient ainsi affrontés autour d’autres îlots de la partie orientale cette fois-ci de la Mer de Chine, les îles Senkaku ou Diaoyu en chinois. On avait alors frisé une vraie guerre. Tous les contentieux historiques remontent depuis avec une telle force que le climat est devenu électrique entre Pékin et Tokyo et, comme dans ces incidents avec le Vietnam, le problème n’est ni les richesses que pourraient recéler les eaux de ces archipels ni la sécurité de la Mer de Chine par laquelle passent les approvisionnements pétroliers de ces pays.

Le problème est qu’après être devenue la puissance économique que l’on sait, la Chine développe ses forces armées à une vitesse exponentielle et que cela pourrait bientôt faire d’elle l’incontestable maître de l’Asie.

C’est pour cette raison que les Américains souhaiteraient tant pouvoir se dégager d’Europe et du Proche-Orient et déplacer leurs forces armées vers le Pacifique. Afin de ne pas se laisse déborder sur la scène internationale, les Etats-Unis veulent se faire, face à la Chine, le protecteur de l’Asie comme ils avaient été celui de l’Europe face à l’URSS. Contre la Chine, ils soutiennent donc le Vietnam et le Japon dans un bras de fer qui n’en est qu’à ses débuts mais ce n’est pas là la seule bataille en cours sur le continent asiatique.

Il faut y ajouter la rivalité, plus feutrée pour l’instant mais pas moins vive, entre l’Inde et la Chine, les deux géants de ce continent désormais émergé. L’Inde ne pourra pas longtemps rester à l’écart de la bataille d’influence entre Washington et Pékin. Elle cherchera forcément à en profiter avant de s’y engager un jour, plus vraisemblablement aux côtés des Américains que des Chinois. Elle y sera d’autant plus entraînée qu’elle est en état de guerre permanent avec son voisin pakistanais, pays musulman alors que l’Inde hindouiste est en pleine affirmation religieuse et nationaliste et que ces deux pays se sont dotés de l’arme atomique. L’Asie est ce que fut longtemps l’Europe : un continent à la recherche d’un équilibre entre puissances rivales.

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