On pense immédiatement Hutus et Tutsis. On y pense car, comme au Rwanda limitrophe, ce sont aussi ces deux peuples qui forment le Burundi, pays où un coup d’Etat vient d’échouer après plus de deux semaines d’imposantes manifestations dans Bujumbura, sa capitale.

On y pense d’autant plus que, depuis son indépendance en 1962, l’histoire du Burundi est celle d’affrontements permanents et particulièrement sanglants entre les 15% de Tutsis et les 85% de Hutus mais, pour l’heure en tout cas, non, ce n’est pas cela, pas du tout cela.

Ce qui a suscité ces troubles est la volonté du président élu, Pierre Nkurunziza, de briguer le 26 juin un troisième mandat en jouant sur une ambiguïté de la Constitution qui dit que le chef de l’Etat est élu au suffrage universel pour un maximum de deux mandats consécutifs alors qu’il tenait, lui, son premier mandat du Parlement. J’ai donc le droit, dit-il, de me représenter mais cette violation patente de l’esprit si ce n’est de la lettre de la Constitution ne passe pas. Elle ne passe ni dans son propre parti qui s’est divisé sur cette question ni, surtout, dans la population qui voit là une trop claire tentation de présidence à vie et d’installation d’un clan au sommet de l’Etat.

Cela passe d’autant moins que le Burundi sort à peine d’une décennie de guerre civile à laquelle avaient lentement mis terme les accords d’Arusha puis l’adoption cinq ans plus tard, en 2005, de l’actuelle Constitution qui garantit la représentation de la minorité tutsie dans les plus importants rouages de la haute fonction publique et, avant tout, dans l’armée. L’un dans l’autre, le Burundi se stabilisait et tournait la page des affrontements ethniques.

Il reprenait espoir et c’est pour cela que les manifestations de Bujumbura n’opposent pas Hutus et Tutsis mais réunissent, au contraire, des Hutus et des Tutsis de toutes les classes sociales qui entendent défendre l’Etat de droit au nom duquel le général Niyombare avait tenté mercredi son coup d’Etat, sous les acclamations des manifestants qui voyaient là leur victoire.

C’est ainsi que ces événements peuvent se lire non pas comme un simple et tragique retour en arrière mais comme une affirmation de la société civile, de son aspiration à la démocratie et du soutien de l’armée à l’état de droit. Après le Niger en 2010 et le Burkina l’hiver dernier, c’est même la troisième fois en Afrique que la volonté d’un président de se maintenir illégitimement au pouvoir se heurte à la résistance de la population et d’une partie de l’armée mais, au Burundi, cette résistance est pour l’instant vaine.

L’armée s’est divisée entre putschistes défenseurs de la démocratie, partisans du président et adversaires, comme le chef d’état-major, de toute entorse à la légalité. La crainte d’un dérapage dans la guerre civile est telle que les pays africains et occidentaux ont condamné avec autant de force la tentative de coup d’Etat que celle de manipulation de la Constitution par le président élu. Pas à pas, chaos ou pas, la démocratie progresse en Afrique mais beaucoup de ses pays, dont le Burundi maintenant, n’en sont encore qu’à la transition démocratique.

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