Où l'on voit ce qu' Emmanuel Macron attend d'Angela Merkel

Ils se connaissent déjà et leurs équipes encore mieux. Angela Merkel et Emmanuel Macron n’en ont pas moins prévu une heure de tête-à-tête ce soir à Berlin suivi d’un dîner avec leurs plus proches collaborateurs, en tout deux heures et demi de discussions, mais sur quels thèmes et avec quels objectifs ?

Pour le président français, il s’agit d’ouvrir la voie à des avancées franco-allemandes pour l’Europe premièrement sur les questions de Défense et de sécurité ; deuxièmement sur la lutte contre le dumping aussi bien dans les relations entre partenaires européens qu’entre l’Union et le reste du monde et, troisièmement, sur l’articulation des politiques économiques de la zone euro.

C’est sur la Défense que les choses seront le plus faciles

A l’heure où Donald Trump a mis en doute la pérennité de l’Otan et où grandissent les menaces aux frontières orientale et méridionale de l’Union, le président et la chancelière aspirent à ce que les Européens se dotent d’une protection commune et les citoyens allemands, surtout, sont beaucoup moins hostiles qu’ils ne le furent longtemps à l’engagement extérieur de leurs armées.

Deux idées sont sur la table : la création d’un fonds européen de Défense et l’accélération de la mise en place, avec tous les pays membres qui le voudront, de forces de réaction rapide à même de parer tout danger. Les deux pays souhaitent également muscler les forces européennes de protection des frontières communes et mieux répartir l’accueil des réfugiés.

Sur la lutte contre le dumping, les convergences demeurent, en revanche, à trouver. Autant il devrait s’en dégager contre les abus auxquels donne lieu le statut des travailleurs détachés, autant l’Allemagne reste très prudente face à la volonté d’Emmanuel Macron de créer des instruments communs contre les concurrences déloyales des pays étrangers à l’Union, d’instituer un contrôle à 27 des investissements non européens dans les domaines stratégiques et de promulguer, dans les commandes publiques, une préférence pour les entreprises européennes ou installées en Europe.

L’Allemagne pense avant tout à protéger ses exportations alors que la France pense avant tout à remuscler ses entreprises. Les priorités ne sont pas les mêmes mais un rapprochement sur une plus grande exigence de réciprocité entre l’Union et ses partenaires commerciaux n’aurait rien d’injouable.

Quant à la zone euro, enfin, ce sera le plus difficile

Malgré les toutes nouvelles ouvertures de son ministre de l’économie à l’idée d’Emmanuel Macron d’un budget commun de la zone euro, l’Allemagne reste méfiante et même hostile à l’égard des ambitions prêtées au nouveau président français de mutualiser les emprunts. Il n’a, en fait, jamais parlé de cela, seulement d’investir en commun, mais la presse allemande croit qu’il veut en arriver là en voulant affirmer la zone euro au sein de l’Union.

L’Allemagne se refuse, en clair, à financer les déficits français. Le sujet est d’autant plus brûlant que les Allemands entrent en campagne électorale mais l’atout d’Emmanuel Macron est qu’il plaît aux Allemands car ils se sentent en confiance avec lui.

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