La vérité est que beaucoup d'Israéliens et de Palestiniens en sont encore au refus de l'autre

Près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël à l'est de la ville de Gaza le 14 mai 2018
Près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël à l'est de la ville de Gaza le 14 mai 2018 © AFP / Mahmud Hams

L’indignation ne suffit pas. Si l’on veut contribuer à élargir les rangs du camp de la paix plutôt que ceux des « pro-israéliens » ou des « pro-palestiniens » – quelle bêtise d’ailleurs que ces expressions – il faut aussi connaître et discuter les raisons des uns et des autres. 

     « Tout pays, disait hier le Premier ministre israélien, a l’obligation de défendre son territoire ». Oui, c’est vrai, mais des manifestants ne sont pas une arméeet quand bien même certains d’entre eux ou même beaucoup d’entre eux n’étaient pas aussi non-violents qu’on le dit, on ne tire pas sur des manifestants comme sur des soldats prêts à vous envahir.

     « La responsabilité de ces morts tragiques, a déclaré pour sa part la Maison-Blanche, repose entièrement sur le Hamas qui provoque intentionnellement et cyniquement cette réponse » d’Israël. Alors oui, il est tout à fait vrai qu’avec ces manifestations de la « Marche du retour » dont l’objectif était bel et bien, officiellement bien, de pénétrer en Israël, le Hamas entendait n’offrir qu’une alternative aux Israéliens – tirer, devant les caméras du monde entier, sur des manifestants sans armes ou laisser opérer une percée sur son territoire dont le mouvement islamiste aurait tiré un prestige politique.

     Oui, ce sont là des faits, mais outre qu’il n’est pas interdit à un mouvement politique, islamiste ou pas, de choisir ses armes dès lors qu’elles ne sont pas létales, rien n’obligeait les autorités israéliennes à contrer cette manœuvre par des tirs à balles réelles. Il y a de nombreux autres instruments de répression des manifestations qui, tous, valent mieux que des tirs de snipers et un bilan de 58 morts et plus de deux mille blessés.

    A ce point du débat, on approche d’une vérité que les Israéliens n’aiment pas dire. 

    Ils ont peur. En ce jour du soixante-dixième anniversaire de la création de leur Etat et du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, ils craignaient, depuis le début de ces manifestations il y a sept semaines, que des foules trop nombreuses pour être arrêtées ne marchent vers Israël, venant de Gaza puis de la Cisjordanie. Alors ils ont préféré mettre la barre assez haut pour que cela ne se produise pas. 

     On verra aujourd’hui si ce calcul était le bon mais, outre que le bilan n’est pas admissible, totalement inadmissible, la vérité est encore ailleurs. L’intitulé même de cette « Marche du retour » signifie que le Hamas et ses partisans croient encore en une reconquête. Ils veulent le départ des Israéliens exactement comme les droites israéliennes voudraient que ces Palestiniens disparaissent, où ils veulent, en Jordanie ou jusqu'en Californie. Soixante-dix ans plus tard on en est encore, des deux côtés, au refus de l’autre et ce bilan-là est encore plus tragique que celui des morts.      

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