Après le massacre de musulmans à Christchurch, la première ministre néo-zélandaise est partie en croisade contre l’utilisation des réseaux sociaux pour promouvoir les actes terroristes et haineux. Elle est à Paris pour lancer son appel avec Emmanuel Macron.

La première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern lors d’une conférence de presse à Christchurch le 23 mars dernier.
La première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern lors d’une conférence de presse à Christchurch le 23 mars dernier. © AFP / Marty MELVILLE / AFP

Souvent, des événements tragiques révèlent des personnalités qui se surpassent. C’est le cas de la première ministre de Nouvelle Zélande, Jacinda Ardern après le massacre commis dans deux mosquées de Christchurch par un terroriste supremaciste blanc il y a deux mois. Mais Jacinda Ardern ne s’est pas contentée de montrer la compassion dont son pays avait besoin, ni de faire interdire certains modèles d’armes automatiques.

Elle s’est lancée dans une croisade contre l’autre type de violence utilisée par le terroriste australien : les réseaux sociaux. L’homme a en effet diffusé en direct son acte sur la plateforme Facebook Live, vue par 4000 personnes pendant les 16 minutes de retransmission, mais surtout téléchargée un million et demi de fois dans les 24 heures suivantes.

Mais aucun pays ne peut espérer combattre seul la propagation de la haine sur des plateformes comme Facebook ou YouTube qui ont plusieurs milliards d’utilisateurs dans le monde entier. La première ministre néo-zélandaise cherche donc des alliés et elle en a trouvé un en la personne d’Emmanuel Macron.

Le président français et la première ministre néo-zélandaise lancent aujourd’hui à Paris un « Appel de Christchurch » contre la propagation des contenus terroristes ou de violence extrémiste sur internet. Leur appel s’adresse d’abord aux dirigeants des grandes entreprises technologiques réunis cette semaine à Paris. D’autres États devraient s’y joindre - mais pas les États-Unis ou sont pourtant basées les principales entreprises concernées.

Dans une tribune au New York Times dimanche, Jacinda Ardern reconnaît qu’il n’est pas simple de bloquer la propagation de la haine et de la violence sur internet sans pour autant restreindre la liberté d’expression que les réseaux sociaux ont permis d’élargir. D’autant que des différences culturelles viennent brouiller les pistes : ainsi, il est possible de faire l’apologie du nazisme aux Etats-Unis au nom du premier amendement de la Constitution qui garantit la liberté d’expression, alors que c’est un délit en Europe.

Forte du traumatisme de Christchurch, la dirigeante néo-zélandaise demande que les plateformes s’engagent à retirer plus rapidement les contenus violents, et développent de nouveaux outils pour empêcher la viralité de ces contenus aujourd’hui favorisée par les algorithmes.

Les dirigeants des plateformes savent très bien que la pression monte de la part de gouvernements et de citoyens excédés. Mark Zuckerberg était ainsi dans le bureau d’Emmanuel Macron la semaine dernière, reconnaissant le problème et tentant de se montrer coopératif.

Facebook tente une expérience avec le gouvernement français en lui donnant accès à son système de modération des contenus problématiques.

L’appel de Christchurch est un pas de plus dans la mobilisation internationale contre la haine en ligne. Mais on est encore loin d’être à la hauteur de l’immensité des défis posés par les dévoiement des réseaux sociaux, ou par l’utilisation des données personnelles. Loin aussi, d’avoir trouvé le bon équilibre entre la liberté et la responsabilité, deux notions inséparables.

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