Ni les États-Unis, ni la Chine, en grande rivalité dans cette pandémie, n’ont marqué des points en terme de « soft power », ce concept de la puissance « douce » devenu un élément-clé des relations internationales.

« Made in the USA ». Donald Trump a visité jeudi 14 mai une société américaine spécialisée dans le matériel médical. Le Président américain n’est pas un atout de « soft power »…
« Made in the USA ». Donald Trump a visité jeudi 14 mai une société américaine spécialisée dans le matériel médical. Le Président américain n’est pas un atout de « soft power »… © AFP / MANDEL NGAN / AFP

Cette pandémie, tout le monde l’aura noté, se double d’une rivalité de puissances comme rarement en pareilles circonstances. Il est évidemment trop tôt pour savoir qui en sortira renforcé ou affaibli ; mais on peut d’ores et déjà tirer des conclusions en terme de « soft power ».

Le « soft power », la puissance « douce » par opposition au « hard power » militaire, est un concept développé à la fin des années 80 par un professeur américain, Joseph Nye. Il décrit les mécanismes de la puissance autres que militaires ou économiques : à l’époque, l’American way of life, Hollywood ou le pop art faisaient plus pour l’influence américaine qu’un débarquement de Gis.

Les Chinois, à peine sortis du maoïsme, furent fascinés par le concept, au point de traduire les écrits de Joseph Nye, et d’inviter à plusieurs reprises le vénérable professeur de Harvard à des séminaires et conférences à Pékin. Voilà trente ans que la Chine cherche à développer son propre « soft power ».

Mais il faut bien reconnaître que ni les Américains, ni les Chinois, n’ont marqué des points en termes de « soft power » pendant cette crise. Et pour des raisons différentes. 

Côté américain, c’est simple : avec son slogan « America First », Donald Trump a annoncé la couleur : le reste du monde lui importe très peu. Mais l’Amérique diffuse son « soft power » même sans son Président : Netflix, Zoom ou Amazon ont été nos compagnons de confinement, ça aussi c’est de la puissance « douce ».

Sauf que cette fois, ça ne suffit pas. Ce Président dysfonctionnel s’est surpassé depuis le début cette pandémie, dans le déni puis dans le chaos, l’égotisme, et la recherche de bouc émissaire. Il n’y a eu dans cette crise aucun leadership, ni d’ailleurs de « modèle américain », comme le faisait observer cruellement cette semaine un officiel français. C’est suffisamment rare dans l’histoire de l’après-guerre pour être noté.

La Chine est sortie la première de l’épidémie née chez elle, et a alors tenté d’imposer sa propre narration. Elle s’est offerte en nation généreuse, avec sa « diplomatie du masque ».

Mais elle a elle-même ruiné ses efforts de relations publiques en se lançant dans une communication agressive de ses diplomates. En interne, la démesure de Donald Trump sert le pouvoir chinois à souffler le vent du nationalisme ; mais dans une bonne partie du monde, la Chine de Xi Jinping est devenue l’“autre“ superpuissance, pas moins ambitieuse et calculatrice.

Voilà donc une crise dans laquelle aucune des deux « grands » n’a projeté de puissance « douce ». Non, les vrais vainqueurs au registre du « soft power » sont des pays plus petits, la Corée du Sud ou Taiwan, qui, en première ligne face à l’épidémie, ont eu des résultats bien plus impressionnants.

En 2019, un classement international du « soft power » avait placé la France en tête, à la surprise générale. On attend avec impatience le classement 2020, il risque d’y avoir des surprises.

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