Etait-ce un mensonge délibéré ou bien une inconsciente volonté d’exclure une hypothèse, maintenant avérée, qui aurait menacé la reconduction de la majorité sortante en ramenant l’Irak à l’esprit des électeurs ? Sans doute un peu des deux mais toujours est-il que c’est à braquer obstinément les projecteurs sur l’ETA, à ne pas même vouloir envisager, pendant deux longues journées, la possibilité d’une piste islamiste dans les attentats de jeudi dernier, que la droite espagnole a perdu des élections dont tous les sondages la donnaient gagnante avant le bain de sang madrilène. Inconscient ou délibéré, disqualifiante cécité ou scandaleuse tentative de manipulation de l’opinion, c’est ce refus qui a ramené la gauche au pouvoir à Madrid en mobilisant de jeunes électeurs qui s’apprêtaient à s’abstenir, braquant les plus modérés des Catalans et des Basques et faisant basculer des centristes qui ne pouvaient plus, dans ces conditions, faire confiance à la droite. Un coup de théâtre est sorti du bain de sang et comment ne pas voir, d’abord, que le terrorisme islamiste pèse désormais d’un poids décisif sur les échiquiers des grandes démocraties ? Ce n’est pas par goût des chiffres, pour faire succéder un 11 mars au 11 septembre, que les djihadistes ont si durement frappé jeudi. C’est parce qu’ils savaient, bien sûr, que les Espagnols votaient trois jours après, que 90% d’entre eux s’étaient opposés à l’intervention de leur pays en Irak, que c’est contre son opinion que José Maria Aznar avait décidé de soutenir là les Etats-Unis et qu’en rappelant cette guerre aux Espagnols les attentats mettraient la droite en difficultés, quelles que soient ses réactions. A ce sanglant jeu de billard, une gauche a gagné hier mais ailleurs, demain, dans d’autres circonstances, c’est une droite, éventuellement une extrême droite, qui pourrait tout aussi bien bénéficier de l’onde choc terroriste, de cette instrumentalisation de la terreur qui tend à fausser nos évolutions politiques naturelles et bousculer les clivages droite-gauche. C’est grave, très grave. Le futur nouveau Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero l’a si bien compris qu’il a immédiatement déclaré, hier soir, que sa première priorité serait la lutte contre le terrorisme et, pour l’heure, la défaite du parti de José Maria Aznar a quatre conséquences internationales. La première est qu’elle pourrait bien amplifier le recul de la droite italienne, que Silvio Berlusconi est, maintenant, encore moins assuré de remporter les élections de l’année prochaine et que tout le paysage politique européen, aujourd’hui nettement à droite, pourrait en être recentré. Deuxième conséquence, l’adoption du projet de Constitution européenne, bloquée par la droite espagnole et les anciens communistes polonais, en sera facilitée car la gauche espagnole est très fédéraliste et que la Pologne ne pourra plus très longtemps se murer seule dans son refus. Ebranlée par l’affaire irakienne, l’unité européenne sort renforcée du vote espagnol qui, troisième conséquence, affaiblit encore un peu plus les deux autres artisans de l’intervention en Irak, Georges Bush et Tony Blair, l’un et l’autre en aussi mauvaise passe intérieure qu’en difficultés à Bagdad. C’est toute la donne internationale que le vote espagnol modifie. Spéciale Madrid Edition spéciale du 7/9 sur Madrid. En conséquence, certaines chroniques ont été remplacées par des interviews avec différents invités, ou bien décalées par rapport à leurs heures habituelles. 7h15 -Bernard Guetta, France Inter, chronique La nouvelle donne. -Gustavo de Aristegui, porte-parole du PP, ancien directeur de cabinet du ministre de l'intérieur de 1996 à 2000. -Miguel-Angel Moratinos, candidat socialiste aux législatives en Andalousie. 7h45 -Richard Labévière, journaliste, spécialiste du terrorisme islamiste. -Pierre Le Marc, France Inter, chronique La politique ce matin. 8h15 -Dominique Bromberger, France Inter, Regards sur le Monde. 8h20 Question Directe François Baroin, député maire de Troyes (Aube), porte parole de l’UMP. 8h40 Radiocom -François Baroin -Peron Egurbide, chef du service étranger du quotidien El Pais -Richard Labévière

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