Au printemps 2002, la deuxième Intifada bat son plein. Israël ne s’est pas encore retiré de Gaza. A l’époque, cette seule idée semblerait fantasque tant dominent la violence et l’intransigeance. Attentats kamikazes et représailles militaires se répondent dans un cycle de sang et c’est sur cette toile de fond que les troupes israéliennes encerclent, à Ramallah, les bâtiments où réside et travaille Yasser Arafat. Les Israéliens veulent, bien sûr, intimider le Président palestinien dont ils n’ont pas déjà décidé de faire un reclus mais ils veulent, avant tout, mettre la main sur les dirigeants du Front populaire de libération de la Palestine, le FPLP, organisation radicale connue pour ses détournements d’avions des années 60 et 70 et qui a revendiqué l’assassinat, en 2001, du ministre israélien du tourisme. Ces hommes sont sous la protection de Yasser Arafat qui ne veut pas les livrer. Les Israéliens ne veulent pas, eux, pénétrer de force dans la présidence palestinienne. Les Américains s’entremettent. Un accord est finalement trouvé aux termes duquel les Israéliens lèveront leur siège en échange de l’incarcération, dans une prison palestinienne et sous supervision d’observateurs américains et britanniques, des dirigeants du FPLP – ceux là même dont Israël s’est saisi hier. C’est un accord totalement baroque. Non seulement une poignée d’anglo-saxons se transforment en geôliers palestiniens de figures du mouvement palestinien mais ces geôliers ne font, en fait, que garantir, par leur présence, le respect de l’engagement pris par Yasser Arafat. Le temps passe. L’accord dure mais aux élections palestiniennes de janvier dernier, l’un de ces dirigeants du FPLP, Ahmed Saadate, son Président, est élu député. Il devient alors clair que le Président palestinien, Mahmoud Abbas, de ne pourra pas ne pas finir par le libérer, lui et tous ses amis. Il le pourra d’autant moins que le grand vainqueur de ces élections, le Hamas, a promis de le faire. L’accord de 2002 ne peut plus tenir mais Ehud Olmert, le premier ministre israélien par intérim, veut d’autant moins que ces hommes recouvrent la liberté que les Israéliens votent le 28 mars et qu’il ne veut pas que la droite puisse l’accuser de faiblesse. Que faire ? Eh bien ce qui s’est passé. Puisque les Israéliens ne pouvaient pas accepter que Mahmoud Abbas libère ces prisonniers et, encore moins, que le Hamas le fasse, Israël est allé s’en saisir, en donnant l’assaut à cette prison palestinienne mais en attendant, pour le faire, que Mahmoud Abbas se trouve en Europe et que les garants anglo-saxons de cet accord mort se soient retirés, le matin même. Tout le monde a sauvé la face mais le centre culturel britannique de Gaza a été incendié et une dizaine d’étrangers ont été enlevés, parmi lesquels quatre Français dont deux, n’avaient pas encore été relâchés ce matin. Il est à craindre que des attentats du FPLP ne répondent maintenant à cette opération israélienne. Mahmoud Abbas sort encore un peu plus affaibli de cette journée. Le Hamas, lui, n’a pas démontré qu’il pouvait faire mieux que le Fatah vis-à-vis d’Israël. Beaucoup de bruit, trop de dégâts, rien de neuf.

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