Le dernier communiqué médical est rassurant. « La convalescence se poursuit normalement », a indiqué, samedi, l’hôpital allemand où le président égyptien avait subi, une semaine plus tôt, une ablation de la vésicule biliaire mais cette intervention chirurgicale n’en est pas moins devenue, au Proche-Orient, le sujet de toutes les interrogations. Sans même parler des rumeurs que sa soudaineté a suscitées et que les démentis sur la présence d’une tumeur maligne ne tarissent pas, toutes les capitales de la région considèrent désormais que la succession d’Hosni Moubarak est virtuellement ouverte, que le plus prestigieux, le plus influent et le plus peuplé des pays arabes entre, autrement dit, dans une période d’incertitude qui pourrait mettre en question bien des équilibres. Dépourvue de pétrole mais riche de ses 80 millions d’habitants, de ses traditions culturelles et du rôle historique qu’elle a joué dans la réaffirmation politique du monde arabe, l’Egypte n’est pas que l’un des principaux alliés des Etats-Unis. Elle est, également, un acteur essentiel des négociations israélo-palestiniennes depuis qu’elle est en paix – froide mais en paix – avec Israël et l’intermédiaire attitré, aussi, du Hamas et du Fatah qu’elle tente vainement de réconcilier depuis que les islamistes ont pris le contrôle de Gaza. Dans le monde arabo-musulman, l’Egypte est, en un mot, le chef de file du camp dit « modéré », c’est-à-dire pro-occidental, et tout affaiblissement du pouvoir au Caire laisserait un vide que l’Arabie saoudite ne pourrait pas combler mais dont l’Iran et la Syrie pourraient profiter. De Jérusalem à Washington, du Golfe à l’Europe en passant par les sunnites et les chrétiens libanais, l’inquiétude est donc d’autant plus palpable qu’Hosni Moubarak n’a pas de successeur désigné. Malgré les protestations des Etats-Unis, en vingt-neuf ans de présidence, il n’a pas laissé la moindre place à quelque forme d’opposition que ce soit. Il y a le président, son parti et l’armée dont il est issu. C’est tout et la seule vraie dissidence est constituée par les Frères musulmans, premier mouvement islamiste du monde arabe, à mille lieux d’al Qaëda, nullement terroriste mais très traditionaliste, hostile aux Occidentaux et solidement implanté dans la jeunesse, les milieux les plus défavorisés et plusieurs des grandes villes du pays. Hosni Moubarak a 81 ans. Même s’il se remet complètement de cette opération, son règne touche à sa fin et l’heure de vérité sonnera, au plus tard, en septembre 2011, date de la prochaine présidentielle. Soutenu par les milieux d’affaires, Gamal Moubarak, le fils du président, est généralement considéré comme le plus probable des héritiers mais l’instauration d’un système dynastique n’est pas évidente. Le tout puissant chef des services secrets, Omar Suleiman, incarnerait une continuité mais il n’aurait pas, dit-on, le soutien de l’armée et puis il y a un nouvel opposant, Mohamed el Baradei, ancien chef, égyptien, de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Il est l’espoir des démocrates laïcs mais tout le régime est, déjà, ligué contre lui.

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