Les régimes en place ne se laissent pas faire. Après la contre-offensive lancée contre son peuple par le colonel Kadhafi, voilà maintenant que les monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, volent au secours de la famille royale de Bahreïn, en proie à une contestation qui ne se dément pas. Plusieurs milliers de leurs soldats sont entrés, hier, dans le royaume pour y épauler des forces de l’ordre totalement débordées et la situation qui s’est ainsi créée est extrêmement sérieuse. Elle est, d’abord, le signe que les monarchies pétrolières se sentent directement menacées par le printemps arabe, ce qui est effectivement le cas. Sans même parler de l’Egypte, de l’autre côté de la mer Rouge, tout le sud de la péninsule arabique est en proie aux troubles, violents au Yémen et peut-être en voie d’apaisement à Oman dont le souverain a du renoncer à une partie de ses pouvoirs en faveur d’une assemblée partiellement élue. Les monarchies s’inquiètent car tout ce qui a fait les soulèvements de la Tunisie puis de l’Egypte se retrouve dans ces royaumes, du chômage des jeunes diplômés au vieillissement des dirigeants et des inégalités sociales à l’arbitraire policier. Assis sur le pétrole, ces régimes le sont aussi sur un baril de poudre. C’est la raison pour laquelle ils ne pouvaient plus admettre sans réagir que la monarchie bahreïnie s’enfonce dans l’impasse mais leur intervention militaire, deuxième problème, risque de dégrader plus encore les relations entre les deux grandes religions de l’islam. Bahreïn a la particularité d’avoir une monarchie sunnite régnant sur une population très majoritairement chiite. C’est le respect des droits de cette majorité qui est cœur du bras de fer entre le pouvoir et les manifestants qui occupent le centre de la capitale depuis plusieurs semaines et ce n’est donc pas seulement des pouvoirs en place qui se prêtent la main. C’est également des régimes sunnites qui opposent un front commun à des chiites car, depuis que l’intervention américaine en Irak a mis ces protestants de l’islam aux commandes de ce pays, tout l’équilibre régional entre les deux religions musulmanes a été modifié. Autrefois isolé, l’Iran chiite se prolonge en Irak et étend son influence jusqu’au Liban dont les populations chiites bénéficient de son appui. C’est ce que les états-majors et les chancelleries appellent le « croissant chiite » et la révolte des chiites de Bahreïn est en train, qui plus est, de donner des idées aux minorités chiites d’Arabie saoudite qui se trouvent vivre dans les régions les plus riches en pétrole. L’enjeu de cette nouvelle crise est, autrement dit, triple. Il est régional avec l’influence de l’Iran, politique avec la contestation démocratique visant des monarchies absolues et religieux avec la concurrence entre frères ennemis de l’islam. Il y a là tous les ingrédients d’une situation inextricable dont, troisième problème, nul ne saurait prédire les développements. L’hypothèse optimiste est que cette intervention militaire permette d’imposer un compromis entre la monarchie et la population de Bahreïn. Ce n’est pas totalement exclu mais il est tout aussi possible que la peur vienne d’allumer une mèche dans ce qui est la plus grande des réserves pétrolières du monde.

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