Ce n’était pas tout à fait un Conseil comme les autres. D’ordinaire, lorsque les 27 chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union se réunissent en Conseil européen, les divergences sont minimisées quand elles n’ont pas déjà été aplanies en réunions préparatoires. D’ordinaire, il y a un consensus sur la nécessité d’afficher un consensus de fond tant on craint que des désaccords trop évidemment profonds ne soient interprétés comme un signe de désunion de l’Union mais, là, non, cette crainte n’a pas noyé le poisson et c’est tant mieux.

François Hollande est arrivé hier à Bruxelles en disant on ne peut plus clairement qu’il fallait introduire plus de « souplesse » dans le processus d’assainissement des budgets nationaux, qu’il fallait, autrement dit, plus étaler dans le temps la réduction des déficits afin que le ralentissement des dépenses n’asphyxie pas durablement des économies européennes déjà très mal en point.

« La souplesse est nécessaire si l’on veut faire en sorte que la croissance puisse être la priorité », a-t-il martelé alors que de l’autre côté, côté allemand, on s’en tenait fermement au credo de Mme Merkel aux yeux de laquelle non seulement une rapide réduction des déficits n’est pas incompatible avec la création d’emplois mais en est, au contraire, la condition sine qua non.

C’est un débat qui n’oppose pas seulement la France et l’Allemagne mais deux camps européens dont Paris et Berlin sont les étendards. Ce débat fait rage dans toute l’Union et prend une telle ampleur que, comme il l’avait annoncé, le Parlement européen a rejeté mercredi le projet de budget pluriannuel que la majorité conservatrice du Conseil, Allemagne et Grande-Bretagne en tête, avait imposé le mois dernier aux Etats plus soucieux de la croissance.

Tous courants politiques confondus, le Parlement, seule instance européenne procédant du suffrage universel paneuropéen, ne veut pas d’un budget qui ajouterait l’austérité européenne aux austérités nationales et, si la représentation paneuropéenne est entrée en rébellion contre le Conseil, contre la représentation des Etats, c’est qu’un débat politique s’est maintenant ajouté au débat économique en cours dans l’Union.

De gauche, de droite ou d’ailleurs, les eurodéputés considèrent désormais que les excès de la rigueur ne font pas que briser toute possibilité de croissance mais menacent également de rendre l’Europe définitivement odieuse aux Européens. C’est effectivement ce qui est en train de se passer. Les élections italiennes n’en ont été qu’un signe avant-coureur et c’est en cela qu’il est si positif et salutaire que les désaccords entre Européens soient mis sur la table, rendus publics et non plus mis sous le tapis, et que chaque citoyen européen puisse voir et comprendre que l’austérité n’est pas européenne, qu’il n’y a pas de politique européenne en soi mais des politiques définies par la majorité du Conseil, par la majorité des 27 chefs d’Etat et de gouvernements qui est aujourd’hui massivement conservatrice et nettement libérale.

Ce n’est pas le débat mais l’absence de débat qui pourrait tuer l’Europe.

L’Union tangue mais elle est bien assez solide pour résister à une indispensable confrontation politique qu’exige la démocratie et qui ne fait que commencer.

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