Prenons la meilleure hypothèse. Si Vladimir Poutine a réellement l’intention, comme il l’a soudainement annoncé hier soir, d’entamer aujourd’hui même le retrait de la « majeure partie » des forces qu’il a déployées en Syrie, alors, oui, l’espoir de voir une paix négociée mettre fin à ces cinq années d’un abominable conflit deviendrait vraiment tangible.

C’est toute la donne qui en serait changée car, dans cette hypothèse, le message envoyé par le président russe à Bachar al-Assad serait qu’il ne peut pas compter sur son soutien pour restaurer le statu quo ante et qu’il doit donc négocier de bonne foi pour arriver à un compromis avec l’insurrection.

Alors, question : peut-on croire à la sincérité de cette annonce ?

Y croire d’emblée, non, bien sûr pas. Il faut d’abord que les actes suivent mais il n’est pas exclu que ce soit le cas pour quatre raisons.

La première est que les plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine affirmaient en septembre - je l’avais, à l’époque, entendu au Kremlin et rapporté dans cette chronique - que la Russie n’intervenait en Syrie que pour empêcher Damas de tomber et ne voulait que préserver les chances d’un compromis en rétablissant un rapport de forces car ce conflit, disaient-ils, n'auraient pas de solution militaire.

Le moins qu’on puisse dire est que la violence des frappes russes et le bombardement d’Alep avaient largement démenti ces propos mais le fait est que lorsque Bachar al-Assad, remis en selle par Vladimir Poutine, avait exprimé son ambition de reconquérir tout le pays, l’ambassadeur russe à l’Onu l’avait sèchement remis en place en rappelant que telle n’était pas la vision du Kremlin.

C’est la deuxième raison de ne pas exclure que l’annonce d’hier soit sincère et la troisième est que la diplomatie russe a récemment avancé l’idée d’une fédéralisation de la Syrie, clé d’un compromis politique qui permettrait, Assad ou pas Assad, de retirer tout pouvoir au président fédéral et de créer de puissants cantons dans lesquels chacune des communautés syriennes pourrait se sentir à l’abri et chez elle.

Le seul fait de lancer cette idée revenait à prendre position pour la recherche d’un vrai compromis aux nouvelles négociations qui viennent de s’ouvrir à Genève, hier aussi, entre le pouvoir et l’insurrection.

Quant à la quatrième raison de ne pas écarter l’hypothèse d’un vrai changement de donne, elle est que, si ces nouvelles négociations allaient à l’échec et qu’était rompu le cessez-le-feu intervenu le 27 février, les Russes risqueraient de s’embourber dans un Proche-Orient à feu et à sang.

Logiquement parlant, ce n’est pas ce qu’ils pourraient souhaiter de mieux alors qu’à l’inverse, si l’annonce d’hier était suivie d’effets et que les négociations en étaient facilitées avant d’aboutir un jour, la Russie se serait faite faiseuse de paix et son prestige, son influence et son économie en seraient considérablement renforcées.

On ne sera fixé que dans quelques jours, mais… Croisons les doigts.

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