A défaut d'un bilan à faire valoir, le candidat Poutine vend aux électeurs lle retour de la Russie sur la scène internationale

       C’est une citation : « Guerassimov conseille à Washington de ne pas tirer de missiles sur Damas ». Valeri Guerassimov est le chef d’état-major de l’armée russe. Ce titre barrait hier la une du grand quotidien Kommersant qui rapportait longuement que Moscou considère que de fausses attaques à l’arme chimique se prépareraient à la Ghouta afin d’en imputer la responsabilité au régime syrien et d’ouvrir la voie à un bombardement des ministères de Damas où travaillent de nombreux Russes.

         Le général Guerassimov a parlé de « représailles sur les missiles et sur leurs lanceurs » si cette menace se précisait. Jamais dans l’histoire l’armée russe n’avait affiché une détermination à frapper des troupes américaines. Cela ne signifie ni qu’on en soit vraiment là ni qu’on en prenne obligatoirement le chemin mais où était, hier, le candidat Poutine ? 

         Il était en Crimée, annexée il y quatre ans, il y aura juste quatre ans dimanche prochain, jour de la présidentielle russe, pour féliciter de leur célérité les ouvriers travaillant à la construction du pont qui reliera la presqu’île à la Russie. Le président a parlé de « vraie démocratie » à propos du référendum qui avait décidé de cette annexion – de ce « rétablissement de la Justice historique », a dit Vladimir Poutine – et il semble maintenant que le Kremlin veuille inaugurer ce pont avant même son achèvement, dès le 9 mai prochain, afin que la cérémonie coïncide avec l’anniversaire de la victoire sur les nazis, le 9 mai 1945.  

         En pleine campagne électorale, la Russie montre ses muscles, menace les Etats-Unis, s’enorgueillit de s’être vengé de la perte de son empire en récupérant un territoire qui avait été sien et assimile cette reconquête à sa victoire dans la Deuxième guerre mondiale. Tout se passe comme si le candidat Poutine misait tout sur cette exaltation nationaliste car, pour le reste, on ne l’a pratiquement pas vu en meeting et pour ainsi pas entendu faire de grandes promesses.

Politiquement morne, cette campagne est militarisée car, après 18 années aux commandes, directement ou indirectement, Vladimir Poutine n’a pas d’autre bilan à faire valoir que le retour de la Russie sur la scène internationale, à la reconquête sur deux fronts, en Ukraine, perdue il y a 27 ans, et au Proche-Orient d’où elle était exclue depuis bien plus longtemps encore. 

Ces succès-là sont au demeurant discutables puisque Vladimir Poutine s’est mis dans la main des Iraniens en Syrie et ne peut ni avancer ni reculer en Ukraine mais ce sont les seuls puisque le taux de pauvreté est reparti à la hausse, que les infrastructures, y compris médicales et scolaires, sont dans un état lamentable et que l’Etat russe est aujourd’hui l’un des plus corrompus du monde. 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.