Après les annonces du président Bouteflika qui n’ont pas convaincu tout le monde, les Algériens vont se compter vendredi dans la rue, pour savoir si la mobilisation garde sa force. Si c’est le cas, le pouvoir algérien sera face à sérieux dilemme.

Les slogans ont évolué dans les manifestations : non au cinquième mandat est devenu non au 4ème bis, visant le fait que le Président Bouteflika restera au pouvoir à l’issue de son mandat actuel.
Les slogans ont évolué dans les manifestations : non au cinquième mandat est devenu non au 4ème bis, visant le fait que le Président Bouteflika restera au pouvoir à l’issue de son mandat actuel. © AFP / RYAD KRAMDI / AFP

Imaginez Nicolas que vous ayez 20 ans en Algérie, et que vous ayez manifesté depuis trois semaines pour ne plus avoir à la tête de l’État un président fantôme, handicapé par la maladie. Ce président vous dit qu’il vous a entendu, retire sa candidature, mais … reste président ! 

L’humour de la rue algérienne le dit autrement : « nous voulions une élection sans Bouteflika, nous avons eu Bouteflika sans élection ».

Le trait est forcé, mais pas très éloigné de la réalité. C’est en tous cas comme ça que le ressentent de très nombreux Algériens depuis l’annonce surprise, lundi soir, du renoncement d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, sans pour autant quitter le pouvoir à l’expiration de l’actuel, le mois prochain.

C’est ce qui explique que ce nouveau vendredi de manifestation risque de faire le plein dans les rues des villes algériennes. Le pouvoir n’a pas convaincu de sa sincérité, et la rue estime qu’il y a un marché de dupes.

Les slogans ont évolué. On est passé de « non au cinquième mandat », qui a été le déclencheur de ce soulèvement populaire, à une demande plus radicale de changement de régime, de deuxième république en Algérie.

Or jusqu’ici, les décisions du pouvoir n’ont pas été de nature à convaincre les protestataires, et en particulier les jeunes qui forment la majorité de la population, qu’une transition est possible vers un autre système, moins verrouillé. 

Le Président, ou en tous cas ceux qui agissent en son nom, a écarté son premier ministre, discrédité pour avoir menacé les manifestants d’une « nouvelle Syrie », mais a nommé à sa place le Ministre de l’intérieur, Noureddine Bedoui, réputé proche d’un des frères Bouteflika.

Le nouveau premier ministre a promis la semaine prochaine un gouvernement de technocrates et de jeunes, mais pour l’instant, la transition annoncée, qui devrait durer au moins un an avec une conférence nationale, une nouvelle constitution et des élections, reste fermement contrôlée par le cœur du pouvoir algérien – celui-là même qui est rejeté par les manifestants.

Pour le pouvoir comme pour les manifestants, il s’agit aujourd’hui de se compter, d’évaluer le rapport de force après l’annonce de lundi. 

Si le pouvoir a le sentiment que la rue mobilise moins, qu’une partie des manifestants des trois dernières semaines est rentrée chez elle et se satisfait des annonces, il sera encouragé à continuer sur cette voie.

Mais si ce n’est pas le cas, et que ce vendredi se révèle aussi massif, pacifique et déterminé que les précédents, le pouvoir sera confronté à un sérieux dilemme. Il saura, et sans doute le sait-il déjà, que la rue n’acceptera pas les faux semblants. il devra choisir entre un passage en force, et donc le risque de l’engrenage de la violence jusqu’ici absente de ce mouvement ; et de l’autre de nouvelles concessions en sachant que le propre des concessions est d’en appeler d’autres, et qu’à la fin on risque de tout perdre.

La journée est donc décisive en Algérie quant à l’avenir de ce mouvement populaire inédit qui n’a pas fini de nous étonner. 

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