Les élections dans deux Länder hier avaient valeur de test à six mois des élections fédérales : elles ont conforté la progression des Vert, alors que la CDU d’Angela Merkel subissait des pertes historiques. De quoi s’interroger sur la prochaine coalition au pouvoir à Berlin.

Winfried Kretschmann, Ministre-Président écologiste du Bade-Wurtemberg depuis dix ans, a été conforté dimanche à son poste par les élections régionales, mais il pourrait remodeler sa coalition.
Winfried Kretschmann, Ministre-Président écologiste du Bade-Wurtemberg depuis dix ans, a été conforté dimanche à son poste par les élections régionales, mais il pourrait remodeler sa coalition. © AFP / MARIJAN MURAT / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Ces élections dans deux Länders allemands, le Bade Wurtemberg et la Rhénanie Palatinat, avaient valeur de test à six mois des élections fédérales, et donc la fin de l’ère Merkel. Et le vainqueur est incontestablement le parti des Verts, qui progresse dans les deux scrutins, et se rapproche d’un possible retour au gouvernement. 

A l’opposé, la CDU, le parti chrétien démocrate de la Chancelière, a passé une mauvaise soirée, avec des pertes historiques autour de 4% dans chaque Land. C'est d'autant plus signficatif dansle Bade Wurtemberg que la CDU avait dirigé sans partage de 1953 à 2011. Les sociaux-démocrates du SPD perdent eux aussi des voix mais dans une proportion moindre, et restent en tête en Rhénanie-Palatinat qu'ils contrôlent.

Au-delà de ce double scrutin régional, c’est la nature de la coalition au niveau fédéral qui est posée : avec ou sans les Verts ? Et même avec ou sans la CDU, comme certains analystes n’hésitent plus à l’envisager, ce qui aurait semblé impossible avec la popularité d’Angela Merkel ; ces choix ont des conséquences importantes pour l’Allemagne, bien sûr, mais aussi pour l’Europe, vu le poids politique et économique de Berlin.

C’est le cas du Bade Wurtemberg qui est le plus intéressant. Cette région abrite l’industrie automobile, elle est le premier exportateur du pays ; elle est aussi la seule à avoir un écologiste comme Ministre-Président, l’équivalent d’un Premier ministre régional. 

Winfried Kretschmann, 72 ans, à la tête du Land depuis dix ans, remporte ainsi un véritable succès personnel. Il est plébiscité au-delà des rangs de son parti, et a fait la preuve qu’un écologiste peut gérer un Land industriel de la taille d’un petit État européen, il est le premier à le faire.

Winfried Kretschmann est un « realo », comme on dit chez les Grünen, c’est-à-dire un pragmatique. Il l’a prouvé en conduisant son premier mandat en coalition avec les sociaux-démocrates, et le second avec la CDU, difficile d’être plus souple. Avec 32% des voix, il va devoir négocier une nouvelle coalition, peut-être avec le SPD, et les Libéraux qui ont fait un bon score ; une nouvelle configuration qui pourrait servir de test.

Ces scrutins nous donnent une idée des rapports de force politiques à six mois des élections fédérales, en pleine pandémie et après le long règne d’Angela Merkel. Ils confirment, on l’a vu, la bonne forme des Verts de scrutin en scrutin, et leur crédibilité en tant que parti de gouvernement.

Ils confirment aussi la fatigue de la CDU à l’épreuve d’un long exercice du pouvoir, confrontée à une gestion critiquée de la pandémie, et fragilisée par des scandales. La partie ne sera pas facile pour Armin Laschet, le successeur de Merkel à la tête du Parti.

Ils montrent enfin, l’absence de rebond de sociaux-démocrates qui, à l’image de leurs camarades d’une bonne partie de l’Europe, n’ont pas encore trouvé le chemin de leur salut.

Il y a du changement dans l’air en Allemagne, pas celui de la montée de l’extrême droite qu’on redoutait il y a deux ou trois ans et qui reculait encore hier; mais celui d’un renouvellement politique marqué par la question de l’écologie, et que les Grünen ont su incarner de manière rassurante.

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