Des trois dossiers proche-orientaux, c’était sans doute le plus brûlant. Soupçonné par les Etats-Unis, Israël, les capitales européennes et l’Agence Internationale pour l’énergie atomique, l’AIEA, de vouloir se doter de l’arme nucléaire et d’avoir déjà fait des pas dans cette direction, l’Iran menaçait de devenir sous peu un grand et nouveau point de friction internationale. Le Conseil de sécurité n’était plus loin d’envisager des sanctions contre Téhéran. Elles auraient rapidement induit un raidissement de la République islamique et, notamment, de sa politique irakienne. Il n’était pas exclu qu’Israël décide de procéder à des bombardements des sites nucléaires iraniens. Une crise couvait. On la considérait même, à Washington, comme le premier test du second mandat de Georges Bush mais cette crise, l’Europe vient de la dissiper. Au terme de plus d’un an d’âpres discussions, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont, en effet, fini par obtenir, hier, de l’Iran qu’il suspende toute activité d’enrichissement d’uranium jusqu’à la conclusion de prochaines négociations sur une aide européenne au développement de son nucléaire civil et un renforcement des relations économiques et politiques euro-iraniennes. Une fois ces négociations menées à bien, le dossier sera clos et l’Iran aura, de surcroît, entamé, par la voie de l’Europe, un retour sur la scène internationale. Contre le scepticisme de la Maison-Blanche, Londres, Paris et Berlin ont ainsi permis une soudaine détente au Proche-Orient, de taille et d’autant plus remarquable que, parallèlement, la volonté de l’Union et des ses trois grandes capitales de relancer le dialogue israélo-palestinien marque des points. On n’en est pas aux pourpalers, moins encore à leur succès. Les embûches demeurent gigantesques mais, depuis les jours qui ont précédé la mort de Yasser Arafat, en moins d’une semaine, le ton, l’atmosphère, la donne peut-être, se sont sensiblement modifiés. Tandis que Georges Bush déclarait vendredi, à Washington, aux côtés de Tony Blair, qu’il avait « l’intention d’utiliser les quatre années à venir à la création d’un Etat palestinien », le Fatah, la principale organisation de l’OLP, décidait de présenter à la présidentielle palestinienne l’ancien Premier ministre Mahmoud Abbas, un homme très apprécié à Washington pour avoir condamné la « militarisation » de l’Intifada. Il y a là une double promesse de reprise des contacts palestino-américains qui n’est pas que virtuelle. Dès le début de la semaine dernière, la Maison-Blanche a fait pression sur Ariel Sharon pour qu’il procède, durant le scrutin, prévu pour le 9 janvier, à un retrait des forces israéliennes des zones urbaines des Territoires occupés et permette aux Palestiniens de Jérusalem Est d’y participer. Ces pressions semblent avoir été efficaces. Ariel Sharon se distance de plus en plus de sa droite. Les Palestiniens, de leur côté, réorganisent leurs services de sécurité sous l’autorité de leur actuel Premier Ministre, un autre partisan du compromis. Les choses bougent car ces quatre dernières années ont épuisé Israéliens et Palestiniens et que Georges Bush a besoin d’appuis pour se sortir du bourbier irakien.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.