Avec un Parlement à sa botte, ce ne serait pas un problème. S’il le voulait, Vladimir Poutine n’aurait aucun mal à faire amender une Constitution qui lui interdit de briguer un troisième mandat consécutif en 2008 mais, pour l’heure au moins, il ne le veut pas. Il ne cesse d’ailleurs de le répéter car il est conscient que, le jour où il franchirait ce pas, il deviendrait, mais officiellement cette fois-ci, le dictateur qu’il est déjà. Comme Staline, il n’hésite pas à personnellement décrocher son téléphone pour intimider ceux qui osent encore le critiquer. Il a brisé tous les partis d’opposition, refait des télévisions un pur instrument de propagande, fragilisé la presse écrite et terrorisé les milieux d’affaires en jetant en prison un grand patron qui avait cru pouvoir lui faire front. Vladimir Poutine a brisé les libertés nées de la Perestroïka, organisé une régression autoritaire mais, fouler aux pieds la Constitution, se faire Président à vie, il ne l’ose pas car la façade démocratique qu’il a préservée est indispensable à la Russie. C’est elle qui permet à l’Europe de traiter avec le Kremlin pour assurer ses approvisionnements énergétiques. C’est elle qui permet au Président russe d’être reçu comme l’un des leurs par les dirigeants des grandes démocraties et, pour lui comme pour son pays, Vladimir Poutine tient à ces avantages car, contrairement à la Chine, il ne peut pas s’appuyer sur une population de plus d’un milliard d’hommes et une économie en plein boom pour assumer ce qu’il est réellement – tout, sauf un démocrate. Son problème est donc de savoir comment être et avoir été, de rester le vrai patron de la Russie lorsqu’il ne pourra plus être son Président en titre, dans deux ans, à l’issue de ce second mandat. C’est, a priori, insoluble mais plusieurs pistes s’offrent à lui. La première, celle dont il vient de jeter, hier, les bases, serait de placer en 2008 un homme de paille au Kremlin, un homme de confiance qui exécuterait ses ordres et lui tiendrait la place au chaud avant qu’il ne puisse reprendre les commandes en direct quatre ans plus tard, en 2012, quand la Constitution ne lui interdira plus de se représenter. C’est bien sûr risqué. Le pouvoir peut rapidement griser le plus fidèle des fidèles, une marionnette devenir un Brutus, mais ce n’est pas totalement injouable pour Vladimir Poutine qui a fondé tout son pouvoir sur la promotion de sa génération d’anciens du KGB qui tient aujourd’hui tous les rouages de l’Etat. Ce monde est solidaire. Poutine est son chef et chacun des deux hommes qu’il a vient de nommer vice premiers ministres, Sergueï Ivanov, le ministre de la Défense, et Dimitri Medvedev, le secrétaire général de la Présidence, pourrait devenir l’intérim recherché. C’est une option et l’autre serait de fédérer le Belarus, l’ancienne Biélorussie soviétique, avec la Fédération de Russie, ce qui permettrait à Vladimir Poutine de se faire nommer Président de ce nouvel ensemble. Ce serait plus sûr, moins acrobatique, mais la création de cette Fédération inquiéterait l’Europe limitrophe, les Etats-Unis et tous les Etats issus de l’URSS. Pour l’heure, le recours à l’homme de paille paraît plus simple.

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